‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 145 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et l'ordre du roi pour faire transporter à la Louisiane

les particuliers qu'il a condamnés pour s'être trouvés

à l'assemblée de Nimes. Ainsi, il doit les avoir reçus,

et je suis persuadé qu'il vous en aura fait part Je suis

toujours véritablement , Monsieur, votre très-humble

et très-affectionné serviteur.

» Lavrillière.

» De Paris, le 29 avril 1720.

» A M. de Bernage.»

(Lettres de Cour, n° 88.)

Voici comment cette capture avait été faite. Sur la dénonciation d'un nommé Gras, deux cents hommes de la garnison de Nimes allèrent surprendre une assemblée dans un endroit appelé la Grotte aux Fées. Cet événement eut lieu dans la nuit du 1 4 au 1 5 janvier 1720. Une cinquantaine d'hommes et de femmes furent arrêtés. M. Francis Waddington nous en a donné les noms , d'après des manuscrits conservés à La Haye, et nous a fait connaître toutes les circonstances douloureuses par lesquelles ces infortunés eurent à passer. On trouvera le récit de toutes ces horreurs dans le Bulletin de l'histoire du protestantisme français, 4e année , pag. 134. Ces détails ont été reproduits par M. le pasteur Borrel, dans son Histoire de l'Église de Nimes. Nous ne les mentionnerons ici que d'une manière sommaire, et pour y ajouter un complément fourni par nos propres découvertes. Trois vieillards furent envoyés aux galères , trois femmes à

la tour de Constance, et dix-neuf autres détenus prirent le chemin de la citadelle de Montpellier. Ils en repartirent le 13 juin, la chaîne au cou , précédés d'une compagnie de cavalerie le sabre au poing , et suivis d'une compagnie d'infanterie la baïonnette au bout du fusil, avec six archers. Ils étaient destinés à être embarqués pour le Mississipi, et, avec cette escorte, ils eurent à faire le trajet de Montpellier à La Rochelle , en passant par Nimes , Lyon , Roanne et Saumur. Dire tout ce que ces infortunés eurent à souffrir est chose impossible ; le cœur se brise à la lecture de ces détails. Mais ce que nous pouvons ajouter, c'est que ces dix-neuf infortunés ne furent pas seuls à supporter ces indignes traitements. Le sieur Lagarde '

1 Le sieur Puéchenille, dit Lagarde, espion au service de M. de Saint-Priest, était originaire de Nimes ou d'Anduze. L'intendant écrit, le 15 avril 1754, qu'il l'emploie depuis longtemps à observer les mouvements et les démarches des religionnaires, et l'appelle un homme de confiance. C'était tout au moins un homme de beaucoup d'audace. Une fois, « il s'avança parmi les religionnaires comme l'envoyé de M. le maréchal deThomond et le mien (dit l'intendant, lettre du 15 octobre 1758) quoiqu'il n'eût aucune mission de notre part, » et par intimidation il parvint à faire tirer au sort pour la milice les religionnaires mariés au désert, comme s'ils avaient été célibataires. « Néanmoins, ajoute l'intendant dans la lettre précitée, il résulte d'un mémoire que le ministre Veruezobres nous a fait remettre, que, quelque confiance qu'on ait prise pour Puéchenille, qu'il appelle Lagarde, les mariés au désert ne sont point disposés à cet assujélissement pour l'avenir, et qu'ils allèguent plusieurs prétextes pour s'en dispenser. »

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