‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 146 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ou l'un de ses agents alla jusqu'à Castres, en passant par Narbonne et Béziers , pour ramasser tous les délinquants de ces contrées. « Celui qui a été envoyé par le sieur Lagarde , lisons-nous dans une lettre de l'intendant du 31 mai 1 720, pour prendre les condamnés, vient d'arriver. Il ira jusqu'à Castres, afin d'emmener ceux qui y sont détenus pour les colonies, aussi bien qu'à Narbonne et à Béziers , et nous délivrera, en repassant, de tousceux de l'assemblée de Nimes.» (Lettres de Cour, n° 88.)

Quand de pareilles instructions sont données par la Cour, on peut facilement se faire une idée du zèle persécuteur que les agents du Pouvoir .déploient dans les provinces. Le duc de Roquelaure prit, en effet, les mesures les plus rigoureuses à Faugères, près Bédarieux. Une assemblée avait été tenue dans la maison de la veuve Peusse ; cette maison fut démolie , et l'on fit combler une caverne, dans la même commune, où les protestants allaient quelquefois célébrer leur culte (1719).

L'intendant et M. de Roquelaure attachaient tant d'importance à faire cesser les assemblées, qu'ils firent ensemble, à cette intention, une tournée dans lesCévennes et la Vannage. Ils assignèrent à jours fixés les consuls et les principaux habitants de toutes les communautés des diocèses d'Alais , d'Uzès et de Nimes. M. le duc de Roquelaure leur parla au nom du roi et du duc d'Orléans, et leur fit connaître qu'ils devaient

ô6f> LIVRE TROISIÈME

tout espérer des bontés de Son Altesse Royale, s'ils se conduisaient bien ; mais qu'ils devaient aussi tout craindre de sa sévérité , s'ils contrevenaient aux défenses. Il les désabusa pleinement de la fausse opinion qu'on leur avait inspirée que Son Altesse Royale voudrait bien tolérer cette espèce d'exercice de leur ancienne religion ; il leur dit qu'ils en pouvaient juger par les condamnations prononcées contre ceux qui avaient assisté aux assemblées, et particulièrement à celle qui s'était tenue dernièrement près de Niraes, dont la peine avait été seulement commuée, par la clémence de Son Altesse Royale , en celle d'être transférés aux colonies pour la vie. Il leur recommanda aussi fortement d'exécuter les ordres relatifs à l'éducation de leurs enfants.

L'intendant déclara, de son côté, qu'il tiendrait exactement la main à l'exécution de toutes ces ordonnances, et qu'il donnerait des récompenses à ceux qui lui livreraient des prédicants.

La lettre de l'intendant où nous puisons les détails de cette tournée est du 23 mai 1 72 1 (Lettres de Cour, n° 88); elle se termine par la demande que M. d'Iverny, gouverneur d' A lais et brigadier, soit mis aux ordres de M. le duc de Roquelaure. «Il faut, y est-il dit, un officier de caractère dans ce pays, avec des pouvoirs suffisants.»

11 est intéressant de savoir quelle opinion ces agents supérieurs de l'autorité avaient des religionnaires, à qui ils faisaient de telles menaces et qu'ils poursui-

vaient avec tant de dureté. M. deBernage paraît éprouver quelque scrupule de ce qu'on les place en si mauvaise société. «Tous ces condamnés, écrit-il, ne sont point vagabonds, gens sans aveu ni femmes de mauvaise vie, mais gens utiles pour le pays, par leurs arts et métiers.» Le témoignage est favorable, mais la conséquence est étrange. «Il est, ajoute-l-il, d'une nécessité absolue, pour l'exemple, de les expatrier.» L'aveu est précieux à recueillir. C'est parce que les protestants sont gens de bien, intègres et laborieux, qu'ils sent dangereux et qu'il faut s'en débarrasser! Mais, après tout, c'est dans ce sentiment du devoir que les protestants trouvaient le secret de leur résistance invincible. Que peuvent toutes les persécutions du monde contre des hommes qui sont soutenus par l'approbation de leur conscience? Ne doivent-ils pas toujours compter sur l'assistance souveraine de Dieu !

Veut-on savoir maintenant à quels excès de sévérité les délations dont nous avons parlé poussaient le Pouvoir ? 11 nous sera aisé de le dire.

Deux hommes et quatre femmes ont été condamnés pour crime d'assemblée ; grande joie à la Cour :

« Le Régent approuve fort, Monsieur, le jugement que vous avez rendu en condamnant aux galères les deux hommes qui ont été pris dans l'assemblée de nouveaux convertis tenue dans le champ de Rouvière , et la détention de quatre femmes ; comme aussi de faire payer les frais de la procédure et la gratification du dénon-

dateur par la communauté de Florac et une communauté voisine, en punition de ce que quelques-uns de leurs habitants y ont assisté , ce petit châtiment devant produire un bon effet pour l'avenir. Il ne restait qu'à pouvoir attraper le prédicant pour en faire un exemple. 23 septembre 1718.

» Signé : le duc d'Antin. »

Le sieur Lacroix , de Nimes , est sorti des galères après avoir subi sa peine; lui permettra-t-on de s'établir dans sa ville natale ? Interrogé par l'intendant, M. de Lavrillière répond, le 25 février 1 71 9 : « Son intention ( celle de Son Altesse Royale ) est qu'on le fasse garder quelque temps en prison et qu'ensuite on l'exile du royaume , afin de faire connaître aux gens de cette secte que Von ne veut point tolérer leur obstination. »

Le 22 juillet 1722, répondant aux plaintes qui lui sont incessamment adressées, M. de Lavrillière annonce à M. de Bernage qu'ordre a été donné à M. Leblanc de faire passer des troupes où M. le duc de Roquelaure jugera convenable ; et le duc d'Orléans désire fort que l'on puisse se saisir du nommé Durand, prédicant, du nommé Combes et d'un dragon du régiment de Berryqui les accompagne. Son Altesse Royale tient tant à ce que l'on fasse des arrestations, qu'elle va jusqu'à suggérer elle-même les moyens d'attirer les prédicants dans un piège. « Qu'on choisisse, écriton en son nom , des sergents sur lesquels on puisse pleinement compter, et qu'ils aillent parmi les nou-

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