‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 147 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

veaux convertis, en feignant d'être des leurs , afin de surprendre et de saisir ces trois particuliers. » Ce moyen paraît si excellent à la cour, qu'on l'indique à M. le duc de Roquelaure en même temps qu'à M. de Bernage.

Un peu plus tard, un prédicant a été saisi. Quelle bonne nouvelle ! M. de Lavrillière ne se sent pas de joie. Ce qui ajoute encore à sa satisfaction, c'est que l'on a trouvé sur Mazelet des livres et des papiers : «Je joins, Monsieur, à cette lettre, écrit-il à la date du 31 mars 1723, une ordonnance de mille livres avec l'état de distribution pour le remboursement de pareille somme qui a été payée à celui qui a fait prendre le nommé Mazelet , le roi voulant que cela soit remboursé sur-le-champ. » Voilà où en était venu ce Gouvernement dissolu, qui ne pouvait pas même donner à ses persécutions l'excuse du fanatisme !

Ces batteries si fortement chargées vinrent un jour faire explosion sur une secte bien extravagante , dont les membres se réunissaient dans une maison de la ville de Montpellier.

Il se parlait ouvertement d'assemblées clandestines, et l'on signalait la maison de la veuve Verchand comme donnant asile à ces sectaires. Cette veuve était une visionnaire à laquelle Dieu s'était révélé , disait-elle , sous une forme humaine. Ces assemblées illicites furent signalées à M. de Bernage, successeur de M. de Basville , au commencement de l'année 1723.

Le six mars, vers dix heures du matin, avis fut donné à l'intendant qu'on entendait des choses étranges dans la maison de la veuve Verchand. Les sectaires ne paraissaient pas au reste prendre un très-grand soin de se cacher ; c'est du moins ce qu'il est permis de conclure de la demande qu'ils avaient osé adressera M. de Roquelaure, trois mois auparavant : ils avaient sollicité de sa part l'autorisation de faire une procession publique pour la prospérité du roi et du royaume. M. de Roquelaure les avait renvoyés à l'évêque , et , on le comprend , l'affaire en était restée 'à.

Ce fut le sieur Claude Trinquère , lieutenant de maréchaussée à la résidence de Montpellier , qui reçut de M. de Bernage l'ordre de pénétrer dans la maison désignée et de conduire à la citadelle tous ceux qu'il y trouverait. L'intendant déléguait en même temps Hiérosme Loys, ex-conseiller au présidial de Montpellier, pour reconnaître les lieux , saisir les livres , inventorier l'ameublement, dresser le procès-verbal. Les portes, que l'on refusait d'ouvrir, furent immédiatement forcées , et l'on trouva dans la maison treize personnes dont six hommes et un jeune garçon , plus six femmes y compris la maîtresse du logis et sa fille. Un des six hommes portait une aube , comme un prêtre, sur laquelle retombait, en guise d'étole, une sorte de baudrier ; il avait aussi un bonnet ressemblant à un casque, tout garni d'aigrettes et ceint de papier doré ; il tenait à la main une canne de roseau qui servait de hampe à un étendard de taffetas. Après que

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