CHAPITRE IV
celui-ci eut été arrêté , deux autres se présentèrent dans un costume semblable. Ils paraissaient sortir de dessous deux tentes pyramidales formées de roseaux et de papiers sur lesquels on lisait des phrases fort extravagantes. Il y avait aussi une troisième tente tout à fait semblable aux deux autres, qui était probablement celle du premier personnage arrêté. Un quatrième individu était vêtu, à la manière des paysans, d'un habit gris-brun que rehaussait un petit collet d'ecclésiastique. Il était armé d'un bâton surmonté d'un rond de carton entouré de laurier et contenant sur chaque face une inscription en gros caractères. Un cinquième individu, habillé à peu près comme le précédent , s'avançait a genoux, une Bible ouverte à la main, et dit à l'officier: voilà pour vous convertir. Le sixième personnage ne se distinguait par rien de particulier , mais le jeune garçon avait les jambes et les bras nus, et l'on venait de lui laver les pieds et la tête. Quant aux femmes , la veuve Verchand et sa fille avaient seules des vêtements du goût de ceux que nous venons de décrire : elles portaient un bonnet noir bordé de taffetas blanc d'argent, qu'ornait une aigrette attachée par un ruban vert.
L'intérieur de la maison était aussi bizarre que les personnages qu'elle contenait. On lisait sur la porte d'entrée cette étrange inscription : De la pari de Dieu , il est ordonné à tous ceux qui viendront ici , de se laisser fouiller ; autrement , la porte leur sera fermée ; et malheur à celui-là qui ne le souffrira pas . Cette pre-
mière pièce conduisait à une seconde, qui était comme le sanctuaire , et que les gens de la secte appelaient le résidu ou la nouvelle Sion. Tout à l'entour régnait un cordon de fleurs de lis en papier doré. On voyait sur un drap qui tapissait le plafond, des étoiles et des fleurs de lis, toujours en papier doré. Il y avait aussi une espèce de soleil, avec celte inscription en latin : C'est ici le chemin du Ciel. Au milieu de cette pièce était suspendu un chandelier à sept branches , sans doute en souvenir de celui du temple de Jérusalem. Celte seconde pièce contenait trente-six chaises et les trois pavillons dont nous avons déjà parlé. Celui du milieu était surmonté d'un drapeau sur lequel on lisait ces paroles : « C'est ici le pavillon du Roi des rois, c'estl'aZ/e droite de Notre-Seigneur Jésus-Christ.» Il y avait aussi une chaire au-dessus de laquelle on remarquait le mot saint Pierre, et la date 1722, qui indiquait sans doute l'année de la fondation du temple. On trouvait enfin dans cette pièce un plat entouré d'une serviette , et près de la fenêtre une table carrée munie d'une sonnette , d'un écritoire et d'une Bible. Le dessus de cette table était couvert de dessins emblématiques , tels que balances , cœur, compas , etc. Une troisième pièce , beaucoup plus petite que les deux précédentes, semblait avoir servi de sacristie. Toute la maison paraissait être consacrée aux usages de la secte.
Nous ne donnons qu'une relation fort incomplète du temple des Multipliants. Pour plus de détails, il faudra recourir au travail de M. le professeur Germain,