‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 149 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans les Mémoires de V Académie des sciences et lettres de Montpellier, année 1857. On y trouvera un plan détaillé des lieux et une description exacte du mobilier qui servait au culte.

Que faut-il penser de cette secte, et de quel tronc était-elle sortie? Les visions de la femme Verchand, les personnes avec qui elle était en rapport, le langage figuré , prophétique qui remplissait les écrits saisis , tout cela paraît descendre en ligne directe des prophètes des Cévennes. On trouve bien chez les Multipliants celte exaltation mystique, ces interprétations forcées, ces allégories de mauvais goût , ces prétentions orgueilleuses qui de tout temps ont caractérisé l'esprit sectaire. Avant d'entrer dans ce sanctuaire, il fallait être fouillé, c'est-à-dire sans doute qu'on ne voulait laisser entrer que les purs ; ceux qui étaient reçus dans cette sorte de confrérie s'appelaient le résidu , c'est-à-dire ce qui reste quand la balle a été séparée du bon grain, la nouvelle Sion.

D'autre part, on y rencontre des éléments qui appartiennent au catholicisme bien plus qu'au protestantime; par exemple, ces processions, ces ornements, ces aubes, ces collets de prêtre, toutes ces guirlandes, ces couronnes et ces emblèmes. Le nom de saint Pierre, placé sur la chaire, n'est-il pas l'indice de cette préférence que les catholiques n'ont jamais cessé de professer pour cet apôtre? Enfin, le cœur n'a-t-il pas toujours joué un rôle figuratif dans le culte de l'Église romaine, et la coutume qu'avaient les membres de la

secte de changer de nom quand ils s'y faisaient recevoir, ne retenait-elle pas quelque chose des habitudes des couvents? On sait d'ailleurs l'éloignement que les protestants, et lesCamisards surtout, ont toujours professé pour l'introduction des images et des cérémonies de ce genre dans leur culte. Ces observations faites, il faut remarquer aussi qu'il y avait des emblèmes cabalistiques, qui ne pouvaient provenir ni du protestantisme ni du catholicisme , et qui semblaient procéder du judaïsme ; peut-être même ne serait-il pas difficile d'y trouver quelque chose de la franc-maçonnerie. On le voit, il y avait de tout dans celte secte ; elle était un ramassis de rites de provenances très-diverses. Ce qui explique cet amalgame de tant de choses disparates , c'est qu'à cetle époque l'illuminisme catholique des Jansénistes n'était pas moins extravagant que le prophétisme camisard. A Montpellier surtout , les écarts de ce genre allaient si loin , qu'on faisait à cette ville l'application de ce proverbe: Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ?

Par leur éloignement du culte reçu, les Multipliants tombèrent un jour sur les dures lois du code persécuteur de Louis XIV. Vesson, Boniol, Antoine Comte et la prophétesse Marie Blayne, convaincus d'avoir rempli les fonctions de prédicants , furent condamnés à faire amende honorable, en chemise, un cierge à la main et la corde au cou, devant la porte de la chapelle de la citadelle de Montpellier, puis devant la croix de l'Es-

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