CHAPITRE IV
planade, après quoi ilsdurent être pendus. Le sacrificateur Jacques Bourely, et Figaret, André Comte, François Comte et François Baumes, furent envoyés aux galères du roi pour y rester à perpétuité. La veuve Verchand, Jeanne Mazaurigue et Suzanne Loubière durent assister cà l'exécution de leurs complices, et furent ensuite enfermées à la tour de Constance, ainsi qu'Anne Gaussent, dont le seul crime était d'avoir assisté aux assemblées sans se mêler aux cérémonies. La maison fut rasée. Il ne reste de la secte que le nom de Multipliants , donné à la rue où elle était située.
Vesson, qui figure dans cette affaire, avait rempli les fonctions de prédicant parmi les protestants, mais ceux-ci ne le considéraient plus comme un des leurs. Déjà un synode l'avait déposé, le 13 décembre 1720. 11 s'opposait à la discipline qu'on s'efforçait de rétablir, et méconnaissait l'autorité des synodes, auxquels il refusait d'assister. Il appartenait à cette secte de prétendus inspirés, sur laquelle un article du journal i'Évangèliste, année 1840, page 136, donne de curieux renseignements. « Ils sont tous d'une crasse ignorance, y est-il dit ; si on leur demande la règle de leur créance, ils font un imbroglio de paroles qu'on ne peut comprendre. D'autre part , ils ne s'accordent point entre eux : l'un croit une chose, et l'autre une autre; tout ce que je puis dire, c'est qu'ils haïssent mortellement ceux qui contredisent leurs sentiments et qui choquent leurs désirs. — Ils haïssent les ministres, et ne veulent pas reconnaître les consistoires ; ils veulent
être indépendants. Ils disent ordinairement que ceux qui ne veulent pas croire à leurs révélations, pèchent contre le Saint-Esprit. »
Par une lettre collective du 15 janvier 1723, les pasteurs Corteis et Rouvière écrivent à M. Dussain, marchand droguiste, proche l'Hôtel de Ville àNimes, pour le mettre en garde contre les tromperies de Jean Vesson, qu'on leur a dit se rendre dans ces quartiers. Cette lettre , leur conscience et les conseils de leurs frères les engagent à l'écrire , afin que les Églises de la contréene soient pas trompées par celimposteur. Vesson, disent-ils, est un menteur de profession, capable de se servir de faux papiers, et qui sait séduire sous des apparences de zèle et de piété. En outre, c'est un avare qui ne manquera pas de faire agir pour ramasser tout ce qu'il pourra. Ces accusations sont bien graves, malheureusement elles ne sont que trop fondées. M. le professeur Germain a découvert et publié une lettre de lui, dans laquelle il offre à l'intendant de trahir ses coreligionnaires, si l'on consent à le mettre en liberté.
A la mort du duc d'Orléans , les rênes de l'État passèrent entre les mains du duc de Bourbon. Le premier avait persécuté par faiblesse, il laissait faire; le second, tout aussi dépravé, mais moins éclairé et plus violent, pouvait embrasser une idée malheureuse avec plus de facilité et la poursuivre avec obstination. Ce fut sous ce premier ministre incapable, que Lavergne de Tressan, secrétaire du Conseil de conscience, et