CHAPITRE IV
archevêque de Rouen, obtint, après deux tentatives infructueuses, l'adoption d'un projet qu'il croyait devoir le conduire au cardinalat. Ce projet était celui de la déclaration rendue le 14 mai 1724, et consistait à reprendre en sous-œuvre l'entreprise de Louis XIV, dont ce monarque n'avait jamais pu atteindre le but. Il voulait ni plus ni moins éteindre entièrement l'hérésie dans le royaume. La déclaration reproduisait toutes les mesures de rigueur, et paraissait quelquefois y porter des adoucissements qui n'étaient qu'une aggravation de sévérité , puisqu'ils ne faisaient qu'en rendre l'exécution possible. Sur d'autres points, les peines édictées étaient considérablement accrues, comme par exemple à l'article des sacrements, où le témoignage du prêtre était substitué à la constatation du magistrat. On y appliquait au culte privé des protestants les peines antérieurement portées contre le culte public. Cet horrible édit était un honteux calcul d'égoïsme, et, comme on l'a dit, l'hypocrisie est plus savante dans le mal que le fanatisme.
Cet édit était monstrueux ; il rendit pour un temps les persécutions plus violentes. Jusque-là les prêtres s'étaient contentés d'un simulacre d'adhésion, pour la célébration des mariages et des baptêmes, et les protestants obtenaient ainsi, à l'aide d'un léger sacrifice auquel leurs consciences s'étaient trop habituées, la légalisation de leur position. A dater de ce moment, les exigences redoublèrent : il leur fallut présenter des billets de confession et des attestations qu'ils avaient
rempli , pendant un certain temps , leurs devoirs de bons catholiques. On exigeait même quelquefois qu'ils allassent jusqu'à maudire leurs parents protestants et qu'ils fissent la déclaration qu'ils croyaient à leur damnation éternelle ! •