CHAPITRE V
tous les mois en des amendes, et je ne suis parvenu à les faire prononcer que par l'attention suivie que j'ai donnée à l'exécution de chacun des articles de cette instruction ; ils m'ont tous fait présenter des placets, et vous pouvez juger par là du détail dans lequel j'ai été obligé d'entrer; mais je n'ai accordé des modérations ou décharges des amendes ordonnées, qu'après m'ètre bien assuré que les demandes qui en étaient faites étaient justes; parce que si, dans les commencements, je m'étais relâché sur de simples représentations données de circonstances favorables, il m'aurait été impossible de parvenir à l'exécution des ordres du roi sur cet article, que j'ai mis heureusement en règle présentement.»
La principale cause du succès obtenu par M. de Saint-Maurice était donc la sévérité.
Les différentes questions soulevées dans le mémoire furent résolues par des ordonnances successives.
Le 9 novembre 1 728, une ordonnance royale rendit tous les non-catholiques responsables des assemblées qui se tiendraient sur le territoire des communautés de l'arrondissement, et, dans ce but, on divisa la province de Languedoc en \ 43 arrondissements ou départements.
Le Ier février 1729, M. de Bernage rendit une ordonnance , en forme d'instruction , sur ce qui devait être observé pour l'exécution des déclarations du roi concernant l'éducation des enfants des nouveaux convertis.
Toutes les autres questions, sauf celle des mariages et baptêmes, furent successivement réglées. Cette dernière était plus difficile et demandait plus de temps ; elle ne manquera pas de revenir, et nous aurons à l'étudier.
Les solutions données à ces diverses affaires étaient passablement rigoureuses ; les évêques ne les trouvèrent pourtant pas assez sévères.
Celui de Mende, après avoir remercié M. l'Intendant de lui avoir communiqué l'ordonnance du 1 5 juillet 1732, explicative de celle du 1er février 1729, rappelle que les écoles ne furent pas fondées par M. de Basville pour apprendre à lire et à écrire, mais pour instruire les enfants des nouveaux convertis dans la religion catholique, et ajoute qu'une triste expérience apprend que les jeunes gens des Cévennes parvenus à l'âge de 20 ans, se pervertissent et ne vont plus à l'église; il voudrait qu'on trouvât le moyen de les obliger d'assister à la messe et aux instructions, fêles et dimanches, jusqu'à ce qu'ils fussent mariés. (Lettres de Cour, no 91.)
L'abbé Gayet, écrivant pour l'évêque de Béziers, voudrait que l'on prît des mesures contre ceux qui font élever leurs enfants à Genève, aussi bien que contre ceux qui aiment mieux supporter les amendes qu'on leur inflige, que d'envoyer leurs enfants au catéchisme et à la messe. «Ne pourrait-on pas, ajoute-t-il, obliger les pères qui sont riches et commodes à mettre leurs enfants dans des collèges, jusqu'à ce qu'ils eussent fait la philosophie?» (24 juillet 1732.)