CHAPITRE
Les assertions du dernier biographe de Rondelet, en ce qui concerne le protestantisme des professeurs susnommés, se trouvent parfaitement établies par les registres des baptêmes de l'Église réformée. Nous avons pu nous convaincre, en effet, qu'ils y firent baptiser leurs enfants. Rondelet consacrait ses loisirs à commenter les Psaumes de David. Et quand il tomba mortellement malade, à Réalmont, en juillet 1 566, Claude Formy, qui s'empressa de se rendre auprès de lui pour l'exhorter, lui lisait ces Psaumes qu'il aimait tant, et les Commentaires de Pierre Martyr.
Le successeur de Rondelet, Laurent Joubert, fit aussi profession de protestantisme. « Il n'avait aucune des qualités pour être novateur, mais il suivit la foule, et son goût pour la tranquillité, ou sa timidité, lui fit abandonner une religion qui, devenue celle du petit nombre, était par là-même dangereuse à conserver ' . »
Il est des époques, en effet, où les idées dominantes entraînent après elles les âmes faibles. Ces conquêtes sont peu glorieuses , mais elles témoignent de la force du courant par lequel elles sont emportées.
C'est ici le cas de mentionner ces conversions en masse dont il est parlé dans les manuscrits de Dulertre et de Serre , et au sujet desquelles d'Aigrefeuille nous donne la curieuse citation qui suit : « Les nonnains laissaient leurs habits et allaient ouïr les ministres ; les laïques pareillement, qui avaient été à la
1 Notice sur L. Joubert. Ephèmérides , toni. IX.
papauté, messes ou processions, et faire leurs pâques es mains tics prêtres, faisaient confession et repentance publique, tant hommes que femmes, en suivant la constitution ancienne de l'Église primitive.» Sur vingt-quatre chanoines, dix-sept se firent protestants. Enfin , les sympathies protestantes de l'évoque Pellicier, de cet évêque qui avait d'abord insulté les religionnaires et occasionné tant de troubles, ces sympathies ne peuvent être l'objet d'aucun doute. Voici comment s'exprime le même d'Aigrefeuille à ce sujet : « Malheureusement pour la mémoire de cet évêque, il fut soupçonné violemment de favoriser le parti des novateurs , et sa conduite ne prouva que trop la conformité de ses sentiments avec les leurs. » D'Aigrefeuille ajoute ici: «sur le célibat des prêtres » ; mais il est évident que cette sympathie allait plus loin. A sa mort, qui eut lieu au château de Montferrand, le 25 janvier 1568, il laissa une réputation fort équivoque de catholicité , «quoique les savants de son siècle eussent fait de grands éloges de
son érudition Il fut porté à Maguelonne sans
aucune pompe.»
Vers la même époque, un seul membre du présidial était catholique : tous les autres professaient la religion réformée.
Chassanion et Formy étaient les deux seuls pasteurs titulaires de l'Église de Montpellier. Il est évident que leur tâche était au-dessus de leurs forces ; aussi ne