CHAPITRE VI
poussait le Pouvoir à persécuter les protestants, et, qu'en temps de guerre, il soupirait après la paix pour revenir à la persécution. Il est juste aussi de reconnaître que si les protestants ne profitaient pas des embarras du Pouvoir en vue de leur indépendance politique, ils s'en servaient pour se livrer avec plus d'ardeur à leurs assemblées.
En 1740, la guerre européenne pour la Succession d'Autriche venait d'éclater ; elle ne se termina qu'en 1748, parle traité malheureux d'Aix-la-Chapelle.
Celte période fut pour les assemblées du désert un temps de calme, et si l'on continua de les interdire, du moins ne put-on pas les décimer.
Une liste trouvée dans nos archives départementales nous fait connaître qu'à Nimes, un grand nombre de conversions au protestantisme eut lieu en 1 741 . Une lettre de d'Aguesseau à M. de Bernage, écrite de Paris le 27 janvier 1 740, semblait prévoir ce résultat : « Il s'agit d'empêcher, y est-il dit, que, par un abus qu'on ne saurait trop déplorer, des catholiques ne se laissent pervertir peut-être dans un nombre égal à celui des religionnaires qui se convertissent de bonne foi . »
Néanmoins, il y eut des actes de sévérité exercés en plusieurs lieux ; nous en mentionnerons quelquesuns. Le premier eut le Vivarais pour théâtre.
Jean-Pierre Dortial, soupçonné d'avoir rempli les fonctions de prédicateur de l'Évangile, fut arrêté chez
le sieur Louis Souchon , dans les îles de La Voulte, avec sa femme Magdeleine Chausson et ses deux fils Pierre et Jacques, ainsi que deux autres personnages, le sieur Souchon lui-même et Alexandre Chamhon. Cette arrestation eut lieu le 4 juin'1741, ainsi que cela résulte des lettres du sieur Dumolard, subdélégué à Tournon, et par les soins du commandant Perret. Les prisonniers furent immédiatement enfermés dans le château de Beauregard , d'où le jeune Pierre Dortial s'évada après son interrogatoire. En vertu d'une ordonnance de M. de Bernage, du 24 octobre, les autres furent transférés au fort de Nimes, et M. de Larroc, receveur général des amendes prononcées contre les nouveaux catholiques, paya la somme de 313 livres 10 sols pour frais de conduite et d'escorte. Les ordonnances en vertu desquelles ces paiements furent effectués sont des 1 5 novembre , 24 et 28 décembre de la même année. Perret, commandant à La Voulte, par les soins de qui les arrestations avaient été faites , reçut les 3,000 livres de récompense promises à celui qui procurerait la capture d'un prédicant. Il faut dire toutefois , pour être d'une exactitude rigoureuse, qu'on défalqua de cette somme , nous ne savons pourquoi, celle de 313 livres 10 sols déjà payée pour frais de conduite , et le commandant délivra un reçu qui nous est passé entre les mains. Dortial , déclaré atteint et convaincu d'avoir rempli les fonctions de prédicant, fut condamné à mort le 31 juillet 1742, par jugement de M. de Bernage. Des pièces qui ne peu-