CHAPITRE VI
vent se trouver au procès, mais qui ont été simultanément communiquées au Bulletin de l'histoire du protestantisme français (9e année, pag. 288 et 341), par M. F.-E Teissier et M. Borrel, nous apprennent que sa mort eut lieu sur l'Esplanade deNimes, qu'elle fut des plus édifiantes, qu'il fit plusieurs fois, en présence de ses juges, des prières touchantes, et qu'il repoussa les prêtres qui venaient l'exhorter, en leur disant : «Messieurs, vous prenez de la peine inutilement Je suis resté neuf mois dans les prisons
du fort ; si vous étiez venus m'y trouver, nous aurions pu, pendant ce temps-là, conférer ensemble; mais à présent que je suis à ma dernière heure, je veux l'employer à faire ma paix avec Dieu. » Et il rendit le dernier soupir en prononçant ces paçoles : « Seigneur! je remets mon esprit entre tes mains. »
Des deux communications faites au Bulletin, celle de M. le pasteur Borrel est la plus complète : elle nous apprend queDortial était du lieu de Chalançon, et que son âge approchait de 70 ans; celle de M. F.-E. Teissier (d'Aulas) est évidemment erronée, quant au lieu de l'arrestation, qu'elle dit être Saint-Césaire, près de Nimes ; elle l'est encore sur le jugement de Jacques Dortial , qui fut acquitté , et n'est exacte que pour Magdeleine Chausson, qui dut faire, en effet, trois mois de captivité. La cause de la femme et du fils de Dorlial avait été disjointe de la sienne et renvoyée à un plus ample informé ; elle fut jugée un mois plus tard. Quant aux sieurs Louis Souchon et Alexandre
Chambon, ils durent passer le reste de leurs jours aux galères.
Dortial avait subi sa peine, la vie lui avait été arrachée : son crime était d'avoir prêché l'Évangile. Mais tout n'était pas encore terminé ; s'il avait payé sa dette, le Vivarais n'était pas libéré. En vertu de l'article 8 de l'ordonnance du 9 novembre 1728, portant que les nouveaux convertis des arrondissements dans l'étendue desquels un prédicant aura pu être arrêté, seront condamnés à 3,000 livres d'amende , indépendamment du procès qui sera fait et parfait à celui dans la maison duquel le prédicant aura été arrêté, deux arrondissements du Vivarais avaient été condamnés, par jugement du 31 juillet, à l'amende sus-mentionnée de 3,000 livres.
Toutefois , l'exécution du jugement donna lieu à quelques difficultés. La maison du sieur Louis Souchon était-elle du Vivarais ou du Dauphiné? La question paraissait douteuse , car le Rhône, qui se porte tantôt vers une de ses rives et tantôt vers l'autre, avait obliqué vers la rive droite , et c'était, en réalité, dans le Dauphiné que se trouvait la maison du sieur Souchon. Le jugement aura son cours, et les protestants du Dauphiné paieront l'amende. Mais voici une difficulté nouvelle. L'ordonnance dont il s'agit, provoquée pour le Languedoc, n'avait pas été rendue exécutoire dans le Dauphiné. La question fut débattue; le cas paraissait embarrassant ; une ordonnance royale trancha la difficulté : il fut décidé que l'arrondissement qui paie-