‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 173 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

on eut lieu de craindre une rixe entre les protestants et les catholiques, et quelques propos aigres furent échangés. Après l'assemblée, les protestants rentrèrent en triomphe dans la ville comme ils en étaient sortis, c'est-à-dire par pelotons.

L'intendant donnait ces renseignements précis sur l'extérieur de l'assemblée, dans sa lettre du 22 juin 1744, et promettait des détails ultérieurs sur ce qui se serait passé au culte même.

Le 29, il écrivit encore une nouvelle lettre ; mais dans celle-ci, il revient peu sur l'assemblée qui a fait l'objet de sa lettre précédente, attendu qu'il lui faut parler d'une autre assemblée qui a suivi h deux jours d'intervalle. La première était du samedi au dimanche, la seconde fut du mardi au mercredi ; toutefois celleci n'eut pas tout à fait le même succès. M. de La Devèze plaça quelques soldats dans les rues pour empêcher les enfants de jeter des fusées; les religionnaires, pensant qu'on prenait ces précautions pour eux, se rendirent en nombre moins considérable, et l'assemblée fut tenue avec beaucoup de réserve et de mystère. On empêcha celle du dimanche suivant, au moyen d'un détachement de trente hommes que l'on mit en campagne dès le samedi soir. L'intendant paraît tout surpris du succès de cette mesure. « Nous avons vu avec grand plaisir, dit-il, que la contenance de cette troupe a effectivement empêché l'assemblée. Cela donne lieu de croire qu'il reste encore quelque crainte aux nouveaux convertis » (29 juin 1744).

D'où provenaient ce mouvement extraordinaire d'assemblées et ce grand nombre d'auditeurs? Une lettre du G juillet 1 744 nous permettra de répondre à celte question. Antoine Court était dans le pays, et il est probable que c'est à sa présence qu'il faut attribuer cette immense affluence venue de loin , aussi bien que ces assemblées qui se suivent à de si courts intervalles. Tout ne serait-il pas expliqué s'il était démontré qu'il y portait la parole? Le fait est au moins acquis pour l'une d'elles. L'intendant dit, en effet, dans sa lettre du 6 juillet 1744, que ce célèbre ministre, nouvellement arrivé dans la province, prit la parole et qu'il fit des reproches, à ses auditeurs sur la timidité qu'ils avaient montrée pendant les dernières semaines. Il leur reprocha de faire leurs assemblées de nuit et loin de la ville. «Il faut, leur dit-il, que la première se tienne près des murs de Montpellier. Vous n'avez rien à craindre, ajouta-t-il ; j'en ai fait une moi-même sous le balcon du commandant, à Saint- Hippolyte, et, quand il en a écrit a la Cour, il lui a été répondu qu'il l'avait rêvé dans un profond sommeil.» Antoine Court pensait que le Gouvernement, qui était dans l'impuissance de réprimer les assemblées, voulait paraître ignorer leur existence.

Les reproches d'Antoine Court produisirent leur effet, et, dès le commencement de septembre, les protestants de Montpellier arrêtèrent de tenir une assemblée à dix heures du matin , sur une petite hauteur à deux portées de fusil de la ville et tout près des

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