CHAPITRE VI i
casernes; plusieurs personnes prétendaient môme que ce devait être à l'Esplanade ou au Pcyrou. Le but de celte assemblée était de chanter un Te Deum à l'occasion du rétablissement de la santé du roi, qui avait été très-malade. Ce projet causa quelque inquiétude à l'intendant; il en conféra sur-le-champ avec M. de La Rochette, lieutenant du roi, qui commandait à Montpellier en l'absence de M. de La Devèze. Par leurs ordres, un officier ou sergent, avec sept ou huit soldats, fut placé à chacune des portes de la ville, et la compagnie des grenadiers resta sous les armes. Ces mesures eurent un plein succès : les protestants murmurèrent, mais ils n'osèrent s'assembler. La journée du lendemain se passa tranquillement, et il fut décidé par l'intendant et M. de La Rochette, qu'il y .aurait des exercices militaires tous les matins, tant des troupes réglées que de la milice. Tout cela avait pour but de déconcerter les prolestants.
Les religionnaires, ainsi surveillés à Montpellier, ne renoncèrent pas à se réunir; ils allèrent tenir leur assemblée à côté de Cournonsec, dans une garrigue appelée Antonnègre. Elle eut lieu le dimanche 1 I septembre 1744, et se composait de plus de six mille personnes venues de Montpellier et de Pézenas ; cinquante catholiques au moins de Montbazin y assistèrent. On y publia les bans d'une fdle de Cournonsec, domiciliée depuis six ans à Montpellier.
Dès la veille , cette assemblée avait été annoncée comme devant avoir lieu dans le terroir de Cournon-
terrai, mais Mme la marquise de Vignolles y mit opposition.
Le culte était au reste régulièrement célébré à Cournonsec ; le prieur de cette commune se plaint de ce que les protestants se réunissent très-souvent dans une maison ruinée , à côté de l'église.
Est-il bien vrai qu'à cette époque (1 744) les protestants songeaient sérieusement à rebâtir leurs temples? On le dirait, d'après une lettre de l'intendant à M. de Saint-Florentin , mais cette lettre est sans doute la suite de quelque méprise ; en voici un fragment : «...Je dois vous informer en même temps que je viens d'apprendre par des personnes de confiance qu'on a fait des quêtes dans plusieurs assemblées, pour le rétablissement des temples, et qu'elles ont si bien réussi qu'on a levé des sommes considérables» (21 mai 1744).
Cependant, le courage étant revenu au Pouvoir, il se mit à poursuivre rigoureusement les protestants et à rechercher les assemblées.
Le sieur David Jean, marchand de Montpellier, avait plusieurs fois rempli les fonctions de lecteur dans les assemblées; il lui était même arrivé de catéchiser ou de donner des instructions provenant de son propre fonds; de plus, il avait osé faire la critique des actes de rigueur en vertu desquels les sieurs Valette et Démartez avaient été envoyés au fort Brescou pour crime d'assemblée ; il se permettait aussi de trouver étrange qu'on eût mis en prison deux anciens catholiques pour avoir assisté au culte des protestants. Cette