‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 175 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

liberté de langage déplut à l'intendant; il ne voulut pas laisser s'accréditer le bruit qu'on pouvait se réunir pour prier sans aller contre les ordres du roi, et David Jean fut arrêté le 7 octobre 1744.

Des espions sillonnèrent le pays dans tous les sens. Quelques personnes furent incarcérées et l'on fit des exemples. « Les différents exemples que nous venons de faire sur les religionnaires , écrit l'intendant au comte de Saint-Florentin, le 21 octobre 1744, ont répandu l'alarme parmi tous les prédicants ; il vient d'en sortir quinze de la province , mais on leur a payé , avant leur départ, une année de leurs appointements à chacun sur le pied de 75 livres par mois.

» Le nommé Court, fameux ministre, résidant cà Lausanne , qui était venu en Languedoc pour la décision des affaires du nommé Boyer, autre ministre, avec ses confrères, est également sorti de la province ; il a été aussi largement payé par les religionnaires , et on assure qu'il est parti chargé de riches et de magnifiques présents qu'ils lui ont faits. » ( Lettre à M. de Saint-Florentin du 21 octobre 1744. ) On sait qu'Antoine Court collectait pour son école de Lausanne.

Nous n'avons rien de particulier à dire sur les exemples, qui eurent pour résultat de faire sortir de la province un certain nombre de prédicants ; mais nous sommes parfaitement en mesure d'affirmer: 1° que les prédicants ne sortirent pas tous et que le culte ne fut pas interrompu; 2° que les persécutions continuèrent pendant plusieurs années et allèrent même en aug-

mentant. La première de ces deux allégations sera pleinement justifiée dans la suite ; quant à la seconde, il est parfaitement établi que M. l'intendant Le Nain condamna la ville et l'arrondissement de Montpellier aune amende de 3,000 livres, pour une assemblée tenue le 30 mai 1 746 , et que quatre particuliers furent décrétés, les uns pour avoir été en relation avec les prédicants et les avoir reçus chez eux , les autres pour avoir fait la lecture dans les assemblées , s'être mariés au désert ou avoir apostasie. On arrêta trois de ces condamnés, le quatrième se rendit volontairement. Cette année fut celle de la mort de Majal , dit Désubas, qui fut exécuté sur l'Esplanade de Montpellier, le 2 février 1746.

En vertu d'ordres exprès reçus de M. de Saint- Florentin, M. Le Nain fit aussi arrêter trois religionnaires venus de Genève sans permission '.

Ce n'est pas seulement à Montpellier que les protestants s'étaient montrés empressés à célébrer leur culte, pendant les années dont nous venons de nous occuper ; le même zèle se manifestait dans toutes les parties de la province. Les documents sont très-riches à cet égard. À trois heures d'Alais , dans le bois de Saint-Bénézet, il se tint, le jour de Pentecôte 1744,

1 Les renseignements qui précèdent nous sont fournis par un mémoire concernant la situation des affaires de la religion en Languedoc, du mois de juillet 1746, dans le paquet des Lettres de Cour, n° 99.

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