‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 177 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

intentions et sur le lieu où s'étaient retirés sa femme et ses enfants. 11 lui fut ensuite ordonné : 1 «de donner bonne et suffisante caution pour le paiement de la pension de sa fille au couvent de Saint-Charles, et 2° on lui défendit de sortir du royaume, lui, sa femme ou ses enfants. Ceci se passait le 2 juillet 1748. Un des enfants de cette famille persécutée ne serait-il pas Jacques Bénézet, prédicant, qui fut arrêté au Vigan et exécuté à Montpellier le 27 mars 1 752 ? Cela n'est pas du tout invraisemblable. On sait que le prédicant Bénézet était originaire de Montpellier, et qu'il n'avait que 26 ans lorsqu'il donna sa vie pour sa foi.

L'essai que l'intendant Le Nain avait fait des voies de rigueur, en temps de guerre, ne lui avait pas réussi complètement et pouvait présenter bien des dangers. Il paraît qu'il ne fut pas sans quelques craintes, lorsqu'il apprit tout ce que tentaient les puissances ennemies pour exciter h la révolte ces protestants si maltraités. Ses craintes durent surtout s'accroître quand il reçut de nombreux rapports relatifs aux menées d'un certain nombre d'espions qui parcouraient la province. Les pièces surprises sur les agents de quelques-uns de ces émissaires de l'étranger dont on était parvenu à se saisir, lui firent sans doute ouvrir les yeux. Il comprit que ces religionnaires , qui se réunissaient en un clin d'œil au nombre d'une vingtaine de mille âmes, pourraient bien, s'ils le voulaient , à un moment donné , se présenter en armes

devant un pouvoir oppresseur et presque désarmé. Il voulut alors connaître les dispositions des religionnaires, et probablement aussi agir sur eux par le moyen de leurs pasteurs. Dans ce but , il mit à profit des relations qu'il avait avec un négociant de Montpellier, nommé Amiel, et, par son intermédiaire, il put connaître exactement les sentiments des pasteurs du haut et du bas Languedoc. Amiel en référa à M. Maigre aîné, négociant à Nimes, et au sieur Rech, avocat à Castres, et ceux-ci s'étant mis en rapport avec les pasteurs des environs, les engagèrent à écrire à l'intendant pour lui faire connaître leurs dispositions. Il existe des lettres à ce sujet signées par les ministres Paul Rabaut , Pradel, Déferre, Rodenel, Claris, Bétrine, Gibert, Boyer, Molines, Grail , Gavanon , Yiala , Corleis et J. Loire, dit Olivier ' . Elles se distinguent toutes par une grande soumission au point de vue politique, et beaucoup de fermeté au point de vue religieux. L'effet produit par ces lettres sur l'esprit de M. Le Nain fut excellent, mais M. de Saint-Florentin ne s'en montra pas touché : il ignorait les droits et les exigences de la conscience, et ne pouvait comprendre que, en quoi que ce fût, on s'écartât de la volonté du roi.

Le ministère du pasteur Loire, dit Olivier, dans le

1 Nous avons reproduit cette correspondance dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 9e année, pag. 236 à 256 : nous y renvoyons le lecteur, en le priant de corriger les noms des ministres, qui ont été défigurés ; notre texte les donne avec exactitude.

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