‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 179 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nion sur les suites de la révocation de l'Éditde Nantes. L'intendant écrivait aux prélats, en 1749, un an après qu'il avait transmis à la Cour leurs observations sur le projet d'ordonnance : «On ne doit jamais oublier qu'il serait très-dangereux de porter la sévérité des lois jusqu'à une rigueur qui pût engager une partie des religionnaires à sortir du royaume, à quoi ils ne sont encore que trop disposés. La France se souviendra longtemps du mal qu'elle a souffert par la prompte révocation de l'Édit de Nantes : c'est une plaie qu'on doit plutôt s'attacher à refermer et à réparer, qu'à rien faire qui soit capable de la rouvrir.» Cette fois, la question reçut une solution , par l'ordonnance du 17 janvier 1750 dont nous avons donné le titre. Elle n'apporta aucune modification à ce qui se passait.

Le Pouvoir et les évêques, qui avaient été si longtemps en consultation et croyaient être tombés d'accord sur la conduite à tenir dans ces sortes d'affaires , ne s'entendaient pas en réalité. Ce que voulait le Pouvoir, c'était la cessation de la dissidence : que les non-catholiques se soumissent ou eussent l'air de se soumettre à l'autorité de l'Église ; qu'ils fissent bénir leurs mariages par elle et baptiser leurs enfants , il serait au comble de ses désirs.

Les évêques se montraient plus exigeants : ils voulaient des certificats de catholicité attestant que pendant quatre mois au moins, les nouveaux convertis qui réclamaient la bénédiction nuptiale avaient été assidus au prône et à la messe, et qu'ils avaient déclaré plu-

sieurs fois vouloir vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine ; il fallait qu'ils se fussent fait instruire , qu'ils se fussent confessés , et qu'ils se déclarassent disposés à communier quand on le jugerait à propos.

On le comprend, ces exigences de la part du clergé éloignèrent les protestants, qui avaient pris peu à peu l'habitude de se plier à des pratiques qu'ils croyaient sans conséquence et dont le résultat était de leur procurer un peu de tranquillité. Les mariages et les baptêmes au désert s'accrurent dans des proportions considérables; et le Gouveruement, qui était au fond très-contrarié des prétentions des évêques, se mit à -poursuivre les protestants avec une nouvelle rigueur. Les procès furent nombreux et les condamnations aussi. Nous choisissons un de ces procès, parmi beaucoup d'autres, à cause de l'acharnement que l'intendant mit dans cette affaire, et de la fermeté de celui qui était l'objet de ces poursuites.

Claude d'Azémar de Saint-Maurice de Casevieille, diocèse d'Uzès, fut dénoncé comme coupable d'avoir fait baptiser deux de ses enfants par des ministres de la religion prétendue réformée, et , pour ce motif, un huissier accompagné de trente soldats la baïonnette au bout du fusil , se transporta au milieu de la nuit au domicile de cet ardent religionnaire, et le conduisit dans les prisons d'Uzès, le menaçant de le tirer* c'est-à-dire de l'attacher à la queue d'un cheval , et de lui mettre les fers aux mains, bien qu'il n'eût op-

Page 1