CHAPITRE VI
posé aucune résistance. Claude d'Azéraar se justifie, semble-t-il, victorieusement, lorsqu'il écrit à l'intendant : «J'ai forfait, Monseigneur, aux ordres royaux, en faisant baptiser des enfants au désert , lorsque ces entreprises avaient le plus de vogue, avant les déclarations de 1750 , et que, tant catholiques que protestants, tous croyaient à une tolérance. Il y a quelque temps, Monseigneur, qu'il parut une lettre-circulaire adressée aux consuls, signée du subdélégué de l'intendant, et portant injonction aux protestants de faire suppléer les cérémonies de l'église au baptême de leurs enfants- J'en parlai à mon curé, qui me montra une instruction de son évêque de rebaptiser; je lui dis que cela effaroucherait le peuple, au lieu qu'en suivant le texte de la lettre, en suppléant simplement les cérémonies au baptême déjà reconnu bon, on les attirerait par la pensée que ce n'était qu'un moyen de les enregistrer et les rendre valides juridiquement ; à quoi il répliqua qu'il ne pouvait éviter d'obéir à son évêque. » On le voit, d'Azémar voulait obéir au roi; il refusait de courber la tête devant les exigences extra-légales de l'évèque. Mais les témoins appelés affirmaient unanimement que Claude d'Azémar s'était toujours montré comme un des plus zélés de sa secte ; il disait lui-même que sa famille était des plus anciennes de la province , malheureusement pour sa fortune , protestante de père en fds sans aucune variation. Il fut condamné , par jugement rendu le 11 septembre 1751, à 1,000 livres d'amende et 150 de frais.
Dans une autre lettre, Claude d'Azémar se prévaut (Van privilège Irès-flatleur accordé par Louis XIII à son bisayeuL grand prolestant, et M. de Saint-Priest lui répond : «Plus vous avez dans votre famille de témoignages de la bonté et de la protection des rois prédécesseurs de Sa Majesté , et plus vous êtes blâmable d'avoir contrevenu à ses ordres. . . Si vous étiez aussi zélé sujet de Sa Majesté que vous voulez le persuader, vous auriez un moyen bien simple de le prouver, en obligeant ceux qui ont imité votre désobéissance à se soumettre, au lieu de vous expliquer, à l'égard des mesures qu'on prend pour les ramener au devoir, sur le ton fanatique avec lequel vous annoncez vos sentiments. » Claude d'Azémar répondit : «Quand j'étais, Monseigneur, confondu avec le peuple, exposé aux mômes dangers, j'en étais écouté ; je le serais même encore si j'avais à les exhorter, comme jadis pendant la guerre, à la fidélité due au roy, en rejestant tous propos séditieux de la part de ses ennemis , et récemment au sujet du vingtième à se prêter joyeusement aux besoins de l'État, selon les intentions de Sa Majesté ; tout cela étant compris dans leur sentiment religieux. Mais la rigueur de MM. les curés a mis les gens au désespoir, surtout voyant qu'on rebaptisait leurs enfants , titrant de bâtards ceux nés d'un mariage fait au désert, supposant malicieusement les ministres assez ignorants pour ne savoir pas ondoyer selon l'institution. Tout cela a si fort aliéné les esprits, qu'il n'est pas possible de les ramener, préférant ( di-