‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 181 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sent-ils ) de souffrir patiemment toutes les peines qu'il plaira à Sa Majesté de leur infliger, plutôt que de satisfaire les désirs violents de MM. les curés. Voilà, Monseigneur, ce dont j'ai cru devoir vous informer.

»II ne me reste qu'à vous assurer que, si porter l'amour du prince et de la patrie au point de préférer le triste état des protestants en France ( si j'avais l'alternative), à celui d'être feld-maréclial dans les pays étrangers, constitue le fanatisme, j'en suis atteint au suprême degré. *

On comprend que, d'après les sentiments exprimés dans ce fier et noble langage, Claude d'Azémar n'avait aucun adoucissement à espérer. Il ne sortit de prison qu'après avoir intégralement payé l'amende à laquelle il avait été condamné.

Il tire lui-même une conséquence très-philosophique de ce jugement , qu'il met en regard des services rendus à l'État par ses ancêtres : « J'ai joint la copie de mon jugement, écrit-il encore dans sa lettre précitée à l'intendant, avec un privilège très-flatteur accordé par Louis XIII à mon bisayeul, grand protestant, pour montrer à mes successeurs l'instabilité des choses humaines ' . »

Ces exigences du clergé contrariaient beaucoup le Gouvernement, qui était, en eiïet, dans une situation bien étrange: il favorisait de tout son pouvoir les catholiques, et, tandis qu'il redoublait de sévérité contre

1 Archives de l'intendance, 2e divis. Mariages au désert, n° 34.

les protestants, il avait à lutter contre le mécontentement et les hostilités du clergé. Tout en trouvant que les protestants avaient raison de ne pas se soumettre, il les frappait à coups redoublés. Il existe une lettre, fort curieuse à ce point de vue, de M. de Saint-Florentin à M. de Saint-Priest (29 octobre 1751). Il y est dit que les prolestants sont en droit de se plaindre, « qu'on les traite plus durement qu'une multitude d'impies et de déistes déclarés, dont le royaume est rempli et de qui on n'exige ni des professions de foi en les mariant, ni une pratique extérieure de notre religion après le mariage. Ce sont toutes ces rigueurs, continue-t-il , en parlant des exigences des évêques, qui ont causé le désordre auquel il s'agit de remédier, et non la tolérance que l'évêque d'Alais reproche ouvertement au Gouvernement. »

En 1752 , le duc de Richelieu arriva en Languedoc avec des instructions de la cour. On pensait à Versailles que, s'il était possible de décider les protestants, par des concessions multipliées, à faire baptiser leurs enfants et bénir leurs mariages par le ministère des prêtres, le rôle des pasteurs deviendrait inutile, et que les protestants passeraient peu à peu à l'Église romaine. Cette opinion -était contraire à celle de la grande majorité des évêques ; a leur tête et parmi les plus exaltés se faisait remarquer M. de Montclus , évêque d'Alais. Néanmoins quelques prélats avaient paru se ranger à l'opinion de la cour ; c'est du moins ce qui résulte de la lettre suivante :

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