CHAPITRE VI
«A Versailles, le 45 juillet 1752.
.. J'ai été bien aise , Monsieur, d'apprendre par la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, le 31 du mois dernier, que M. l'évêque deNimesa été frappé de celle qu'ils a reçue de moi. J'ai écrit de la même manière à MM. ses confrères lorsque l'occasion s'en est présentée , et je viens de le pratiquer à l'égard de M. l'évêque d'Uzès. Il est juste que je soutienne vos démarches ; et d'ailleurs, s'il y a quelque moyen de dé terminer MM. les évoques à se relâcher , c'est de leur faire entendre qu'ils ne doivent pas compter sur l'autorité du roy pour le maintien des règles de sévérité qu'ils veulent établir. On ne peut, Monsieur, vous honorer plus parfaitement que je le fais.
«Saint-Florentin.»
Le duc de Richelieu réunit chez lui les archevêques et évêques, ainsi que M. de Saint-Priest, dans une séance qui eut lieu le 10 novembre 1752. Une longue lettre de l'intendant à M. de Saint-Florentin, écrite le 13, donne un compte-rendu et comme un procèsverbal de cette séance qui fut fort orageuse, et à laquelle assistèrent tous les archevêques et évêques de la province (moins celui de Mirepoix, absent pour cause de maladie).
On voit, dans ce compte-rendu, le mécontentement de M. de Saint-Priest au sujet de la violence des évêques , qui s'étaient concertés avant l'assemblée et re-
prochaient à l'autorité de ne pas faire observer les édits avec assez de rigueur. A les entendre, c'étaient les catholiques qui étaient persécutés, et les protestants étaient les persécuteurs. (Lettres de Cour, n° 118.)
Que pouvaient-ils désirer néanmoins? Les mariages au désert étaient considérés comme nuls, et l'on obligeait les hommes à tirer à la milice comme s'ils eussent été garçons; leurs femmes étaient traitées de concubines, et leurs enfants qualifiés de bâtards. Ces mêmes enfants, on les enlevait violemment à leurs parents, pour les faire baptiser k l'église et les élever dans la religion catholique.
François Bénézet avait été exécuté à Montpellier le 27 mars 1752 ; six semaines plus tard, Jean Molines, dit Féchier, était arrêté à Marsillargues , condamné à mort comme prédicant, et la dame Petit de Saint-Sens qui lui avait donné asile , allait partager la captivité des femmes de la tour de Constance. Les nouveaux convertis de l'arrondissement eurent à payer une amende de 3,000 liv., et la maison où Féchier avait été arrêté fut rasée jusqu'aux fondements. Féchier échappa à la mort par une abjuration qui fit le tourment du reste de ses jours.
Était-il trop indulgent pour les protestants, ce Gouvernement qui écrivait sans cesse : Faites des exemples, et qui ne manquait jamais d'exprimer une satisfaction cruelle quand il recevait la nouvelle qu'un prédicant avait été saisi , ou qu'un intendant avait condamné aux galères quelques religionnaires ?