‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 185 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

voir venir fie loin, et ils couchent dans les champs à une distance considérable du lieu de leur retraite. De plus , une vingtaine de jeunes gens affidés observent les troupes dans les différents quartiers, et donnent avis à l'ancien du consistoire de quartier , qui seul connaît la retraite du minisire. Au reste, les assemblées vont leur train : on les tient le dimanche, et même en certains lieux des jours de semaine. ( Lettres de Cour, no 105.)

Voyant qu'on ne pouvait parvenir à se saisir des pasteurs, on recourut à des moyens que nous pouvons appeler barbares, pour les décider à prendre la fuite. Il fut résolu de faire arrêter leurs femmes, et , dès le 24 octobre 1754, M. Le Nain pouvait déjà informer M. de Saint-Florentin et M. le maréchal de Richelieu, par une lettre adressée à tous deux, qu'on venait d'arrêter plusieurs femmes de ministres. Il ajoutait même que ces captures produisaient un très-bon résultat, par l'épouvante qu'elles occasionnaient aux ministres. Le grand effet que l'on se plaisait à signaler dans cette lettre, c'était que Paul Rabaut, le chef des prédicants, se trouvait dans une cruelle perplexité. Sa femme n'était pourtant pas encore en prison , mais on espérait la saisir dans une perquisition à laquelle on allait procéder à Ni mes. La recherche qu'on en fera, ou la capture si on la trouve, achèveront de déterminer ce ministre à passer en pays étranger. — Cette espérance se réalisa en ce qui concernait l'arrestation de Madelaine Gaidan, épouse de Paul Rabaut; mais ce ministre n'en con-

tinua pas- moins ses fonctions dans sa patrie, jusqu'à la fin de ses jours \

Il est curieux de voir, les instructions précises que la cour de Versailles avait données à ses agents au sujet des pasteurs qu'on espérait décider à sortir du royaume. Une dépêche du 22 septembre 1754 avait prescrit de leur accorder des passe -ports ; mais il y avait deux précautions à prendre : 1° il fallait paraître ignorer que ces passe-ports fussent pour des ministres ; 2° il fallait bien prendre garde que des protestants qui voudraient sortir du royaume ne parvinssent à se faire passer pour des pasteurs Quelle absence de sincérité dans ces instructions contradictoires !

Il survint, en 1754, une affaire qui montre bien ce que les évêques pensaient, à cette époque, de l'autorité paternelle. Elle fait voir aussi que les justes réclamations des puissances étrangères en faveur des protestants n'étaient pas toujours méconnues.

Il y avait à Frontignan, près de Cette, un Hollandais nommé Venthuisen, qui s'était marié avec la fille d'un sieur Argéliés. De ce mariage étaient issus deux enfants, une fille et un garçon. Ces deux enfants furent enlevés à leurs parents, sous le prétexte que le père voulait les envoyer en Hollande et les faire élever dans sa religion, qui était la protestante. L'enlèvement

1 A la date du 25 octobre 1745, un espion propose à M . Tempic de tirer sur Paul Rabaut, de le blesser et de s'emparer de lui.

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