CHAPITRE VI
eut lieu par ordre royal , sur la demande de l'évêque de Montpellier. L'ambassadeur hollandais s'occupa de cette affaire, et, avant de décider la question, M de Saint-Florentin prit l'avis de M. de Saint-Priest et de l'évêque de Montpellier. Pour refuser ces enfants au père, on faisait valoir de prétendues réclamations du beau-père. Ce prétexte assez frivole fut détruit par une déclaration contraire du beau-père lui-même. Monseigneur de Montpellier, ne se tenant pas pour battu, essaya de faire prévaloir la théorie que voici : les enfants appartiennent au roi par leur mère, et il a le droit de les faire élever comme ses sujets. M. de Saint- Florentin n'admit pas cette jurisprudence; il écrivit à M. de Saint-Priest qu'un plus long refus blesserait le droit naturel et le droit des gens. Par son ordre, les enfants furent rendus à leur père.
Malgré la surveillance rigoureuse dont elles étaient l'objet, et les peines qui les frappaient sans interruption, les assemblées poursuivirent néanmoins leur cours. Des rapports du subdélégué Sales, du G mai 1756, nous font connaître l'activité qui se déployait , à cet égard , dans les arrondissements de Pézenas et de Saint- Pons. Ces deux contrées ne cessaient d'être parcourues par deux ministres, dont le premier était un nommé Pierre, originaire du côté de La Caune, âgé de 37 ans environ, qui portait les cheveux en bourse, taille de 5 pieds h pouces , ordinairement monté sur un cheval grisblanc ; un homme l'accompagnait toujours. L'autre prédicant s'appelait Grizot , et venait d'être reçu mi-
nistre; c'était un homme mince et grand, né àAigues- Mortesou à Nimes; il portait aussi ses cheveux en bourse. Ces pasteurs, venus du dehors, étaient considérablement aidés par des gens du pays. Parmi les plus zélés, le sieur Raynaud (de Valmagne) se faisait remarquer. 11 montait en chaire et faisait la lecture pendant que le ministre s'habillait. Cassignard (de Montagnac) enseignait le catéchisme au peuple et faisait la prière en l'absence des ministres. Le nommé Bacheresse, aussi de Montagnac, était chargé de transporter, sur son ânesse , au lieu où l'assemblée devait se réunir, la robe du ministre, ainsi que les coupes delà communion. C'était lui aussi qui procurait le pain et le vin de la sainte Cène.
Dans le courant de cette année 1756, il y eut des assemblées condamnées à Mauguio, Montagnac et Cournon terrai. C'est aussi à cette époque, en mars, que fut jugé à Nimes le sieur Jean Fabre(de Nimes) connu sous le nom d'Honnête criminel. Nous ne rappellerions pas cette histoire, assez connue, si nous n'avions fait la découverte de quelques pièces qui intéresseront nos lecteurs.
On se rappelle que Jean Fabre, qui était parvenu à s'échapper d'une assemblée surprise aux environs de Nimes, où se trouvait aussi son père, revint sur ses pas quand il apprit que l'auteur de ses jours était tombé entre les mains des dragons , et que , par ses instances et par ses larmes, il obtint du commandant