‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 187 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la liberté du vieillard, au prix de sa propre liberté. Jean Fabre rama plus de six ans sur les galères du roi. Néanmoins , son dévouement lui procura d'abord des adoucissements, et enfin lui concilia la protection de M. de Choiseul , qui obtint sa grâce. Fabre retourna dans sa famille le 21 mai 1762. Son vieux père vivait encore. Il se relira à Ganges et de là à Cette, où il mourut, le 31 mai 1797.

La conduite de Fabre était certainement fort digne d'éloges ; la piété filiale qui l'a illustré mérite toute approbation; mais ce qui a fait sa célébrité, c'est le .drame connu sous le nom de Y Honnête criminel auquel elle donna lieu. Ce fut Marmontel qui indiqua ce sujet à Fenouillot de Falbaire. A peine composée, la pièce fut représentée chez la duchesse de Yilleroi, et plus tard à Versailles, à Paris et dans toute la France. Cet événement continua dans l'opinion publique les bons effets produits par les procès de Calas et de Sirven.

Mme la duchesse de Villeroi conçut une haute estime pour le héros de la pièce, et s'empressa de charger Fenouillot de Falbaire, d'écrire à l'intendant de la province de Languedoc, pour avoir sur son compte des renseignements précis. La lettre est du 5 décembre 1767. L'intendant se prêta de bonne grâce au désir qui lui était exprimé, et à son tour s'adressa au subdélégué Tempié, de Nimes, pour qu'il le mit en mesure de répondre aux questions qui lui étaient faites. Voici la fin de la réponse de fintendanl : « Il est vrai,

Monsieur, que ce trait d'amour et de piété filiale passe pour certain dans la ville de Nimes et dans les environs. Le drame auquel il a donné lieu n'a pas peu contribué, d'ailleurs, à le rendre public et intéressant. Au surplus, ce particulier jouit d'une fort bonne réputation. Je dois cependant vous observer que, depuis qu'il est sorti des galères, il s'est marié au désert, à l'exemple de tant d'autres protestants de la ville de Ganges, où il habite et où il fait un petit commerce en bas. Sa fortune et celle de son père, qui est décédé, ont été presque anéanties.»

» J'ai l'honneur d'être, avec respect,

»De Saint-Priest.»

La position des protestants s'améliorait de jour en jour; les rapports des intendants étaient sensiblement adoucis ; on ne les tolérait pas encore , mais on semblait fermer les yeux sur leurs assemblées , qui se tenaient paisiblement. Tout annonçait que des temps meilleurs se préparaient; comme ils le disent dans le mémoire qu'ils rédigèrent à cette occasion, « ils espéraient se reposer à l'ombre de leurs vignes et de leurs figuiers» , lorsque, au moment où l'on s'y attendait le moins , ordre fut signifié à plusieurs des principaux protestants de Nimes et de Montpellier, qui avaient été mariés ou dont les enfants avaient été baptisés au désert, de faire régulariser leurs mariages et leurs baptêmes à l'église romaine, dans le délai de six jours. Il est facile de comprendre l'émotion qui dut être pro-

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