‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 188 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

duite par ces ordonnances. Il ne s'agissait pas là, en eiïet, de simples actes de complaisance , comme ceux dont le clergé s'était contenté pendant quelque temps ; il fallait abjurer d'une manière sincère ou tout au moins formelle.

D'où provenait ce revirement subit et imprévu? M. le pasteur Borrel, dans son Histoire de V Eglise de Nîmes, a laissé échapper à cet égard deux légères erreurs : il rapporte l'événement à l'année 1763, tandis qu'il eut lieu en 1761 , et il l'attribue à l'arrivée du maréchal de Thomond, qui succéda au duc de Mirepoix dans le commandement de la province. Or, M. de Thomond était arrivé bien avant ce retour de sévérité, ainsi que le prouve un jugement qu'il rendit, en 1759, contre Marguerite Robert, femme de Joseph Vincent, du diocèse d'Uzès, qu'il fit enfermer dans la tour de Constance. Cela résulte plus incontestablement encore de la lettre que les protestants de la province de Languedoc lui écrivirent, en lui envoyant h très-humble et très-respectueuse requête qu'ils adressèrent au roi sur ce grave sujet. Cette lettre est du 8 février 1761 . On y lit ces mots, qui la commencent : «La douce tranquillité avec laquelle les protestants de celle province ont vécu jusqu'ici sous voire autorité» ; et ceux-ci qui la terminent: «Ils espèrent que Votre Grandeur daignera porter leurs larmes au pied du trône et solliciter en leur faveur une grâce dont ils ne sont point indignes et qui ne sera pas inutile au bien de l'Etat.»

Enfin, le II mai 1758, le Conseil de ville, qui

avait généreusement couvert tous les frais de la publication de Y Histoire de Montpellier, par d'Aigrefeuille, en faisait relier quinze exemplaires en maroquin couleur de feu, tranche dorée, qu'il offrait aux grands dignitaires protecteurs de la cité ; ces dignitaires étaient: MM. le prince de Dombes, gouverneur de la province de Languedoc; le chancelier de Lamoignon, le comte de Saint-Florentin, l'abbé de Bernis, le contrôleur- général , le marquis de Castries , le maréchal de Thomond, l'intendant Guinard de Saint— Priest , le comte de Moncan, l'archevêque de Narbonne , l'évêque de Montpellier, le premier président et le procureur-général du parlement de Toulouse, le premier président et le procureur-général de la Cour des aides de Montpellier '. Le maréchal de Thomond était donc arrivé dans la province bien avant 1763; une pièce citée à la page 364 prouve qu'il y était en 1758.

Les persécutions inopinément réveillées ne se calmèrent pas de si lot. De nombreuses poursuites furent dirigées contre les baptêmes, les mariages et les assemblées. Le 8 avril 1765, l'intendant fait un rapport d'où il résulte que les religionnaires ne se laissaient pas effrayer et qu'ils continuaient cà rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû. «Je ne dois pas vous laisser ignorer, écrit-il à M. de Saint-Florentin, que les assemblées des protestants deviennent de jour en jour

4 Germain; Charles de Gre feuille et sa famille. (Mémoires de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier, année 1860.)

Page 1