CHAPITRE VI
catholique, mais sa femme était protestante, et tous les enfants avaient suivi la religion de la mère. Le capitaine, son fils, épousa Mlle Germain, et non-seulement ce mariage fut célébré au désert, mais en outre il se fit avec autant d'éclat que s'il avait été célébré à l'église. On conçoit l'émotion que ce mariage dut produire. L'intendant s'en montra indigné. « Les mariages des protestants dans la classe du peuple se font pour ainsi dire tous au désert, écrit-il, en rendant compte de cette affaire (31 octobre 1766); mais les personnes d'un certain état ont observé jusqu'à présent de se marier à l'église. » Des ordres furent réclamés de la Cour, et le prévôt-général Cosle fit arrêter Charles Lecointe à Alais ; on le conduisit à la citadelle de Montpellier. Ce fut de cette prison qu'il adressa un placet à M. de Saint-Florentin. Ce placet, écrit avec dignité, contient cette phrase, qui mérite d'être remarquée : « Leur commune façon de penser ( celle de sa femme et la sienne ) s'opposait à une espèce de parjure que l'on exigeait dans leur diocèse, pour les marier. » Nous n'avons rien trouvé au dossier qui puisse nous fixer sur le résultat de cette démarche. Les progrès qui furent faits dans la tolérance nous permettent de penser qu'elle fut favorablement accueillie.
Un autre signe des temps qui montre combien le protestantisme était en faveur même parmi les agents du Gouvernement , se trouve dans la publication d'un ouvrage ayant pour titre : Histoire abrégée de la ville de Nimcs, par Maucomble, receveur des droits sur les
cuirs. Un ordre du roi, donné à Versailles le 21 avril 1 767, prescrivait la saisie de tous les exemplaires, et condamnait l'auteur à l'exil. Il n'est pas douteux que ce livre était favorable au protestantisme ; cela résulte de cette circonstance que ce fut l'évêque de Nimes qui le dénonça au ministre. Quant au contenu du livre, dont il serait peut-être impossible de retrouver un seul exemplaire, nous pouvons le connaître par une lettre de l'intendant à M. de Saint-Florentin, sous la date du 4 mars 1767. «Ce livre, que j'ai parcouru trop rapidement pour qu'il pût partir par ce courrier, m'a paru écrit avec trop de hardiesse. Quand il s'agit des prolestants, l'auteur suppose ( pages 123) que les diverses pratiques de religion sont regardées par le Gouvernement comme des choses indifférentes; il parle de M. de Basville avec indécence (à la page 1 29), et il affecte ridiculement (page 145 et suivantes) de donner l'extrait du mémoire qui fut remis à M. le marquis de Paulmy, par Paul Rabaut, ministre protestant.
A la même époque, on eut à s'occuper à Montpellier d'une affaire fort étrange. On avait conduit dans les prisons delà citadelle un prêtre du diocèse de Mende, nommé Jean Reynaud, accusé d'avoir assisté à une assemblée du désert. Louis Coulomb, avocat au parlement et subdélégué de l'intendant à Montpellier, dut procéder à l'instruction , avec le concours de Claude- Nazaire Vialla, greffier d'office, préalablement assermenté. Elle eut lieu dans une des salles de la cita-