‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 191 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

délie, servant de geôle, le 3 mars 1767, à cinq heures de l'après-midi. L'inculpé était âgé de 57 ans, et, depuis peu de temps, il avait été reçu au nombre des prêtres du bas-chœur de la cathédrale de Montpellier. Il ne nia pas de s'être trouvé à une assemblée protestante composée déplus de 7,000 cames, mais il dit que sa présence dans ce lieu avait été l'effet du hasard. C'est en se promenant, affirmait-il , qu'il était tombé dans cette assemblée. On l'accusait de s'être adressé à Paul Rabaut pour changer de religion.

Afin d'arriver à la connaissance de ce qu'il y avait de vrai dans cette affaire, des renseignements furent demandés à M. Tempié, subdélégué de l'intendance à Nimes. Pour bien se renseigner, celui-ci s'adressa à un protestant sage et modéré, qui avait des rapports avec Paul Rabaut, et il en apprit ce qui suit : «La présence du sieur Reynaud en habit ecclésiastique causant des distractions à son auditoire, il (Paul Rabaut) pria quelqu'un de le couvrir d'un manteau, et de lui faire quitter sa calotte. L'assemblée finie, le sieur Reynaud s'approcha du prédicateur, le félicita sur la beauté du discours qu'il avait prononcé, et, après des politesses réciproques , le prêtre baisa la main cà Paul Rabaut et se relira. Le ministre ne dit rien , au reste, de la prétendue proposition que Reynaud lui aurait faite d'abandonner la religion catholique pour embrasser la protestante. »

On traita Reynaud avec indulgence ; sa conduite fut attribuée à une simple curiosité, et l'on se borna à

l'exiler de la province de Languedoc. L'assemblée à laquelle il avait assisté s'était tenue près de la Fontaine de Nimes.

Nous terminerons ce chapitre par deux exemples qui prouvent que la sévérité déployée au sujet des mariages ne s'était pas relâchée.

Un nommé Bouchairein , de Nimes , avait épousé au désert la veuve Roux, née CatherineTliuzette. Cette femme fut arrêtée et mise en prison dans la citadelle. Le mari parvint sans doute à se préserver de la captivité par la fuite. Le régime de la prison était fort dur, et Catherine ïhuzette avait beaucoup de peine à s'y faire. «Elle est déjà lasse d'être en prison, écrit M. Tempié à l'intendant : elle me fit dire hier par l'aumônier qu'elle maigrit àvued'œil, qu'elle souffre dans une chambre obscure et sans feu, qu'elle est enceinte et risque de perdre son fruit, qu'elle rentrera, comme le roi le désire, dans le sein de l'Église, et que déjà elle s'est présentée à confesse. Aujourd'hui elle m'a dépêché le concierge pour demander le pain du roi, attendu que Bouchairein, son prétendu mari, ne pourvoyait point à sa subsistance.»

Malgré tout cela, le subdélégué opine pour qu'on ne se laisse pas aller à la pitié , « attendu que si cette femme était mise en liberté, le public ne regarderait sa détention et celle des autres nouveaux convertis délinquants que comme un jeu qui compromet la religion et l'autorité du roi. » La lettre est du 1 G décembre I768.

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