CHAPITRE VI
Bouchairein ne fut pas aussi insensible, et, malgré le danger de sa position, il se rendit à la citadelle, afin de visiter sa compagne; mais, hélas! il fut lui-même arrêté.
Le courage de ces deux époux grandit avec les mauvais traitements qu'on leur faisait subir, à ce point qu'on finit par accorder à ce qu'on appelait leur obstination, ce qu'on avait refusé à leurs doléances.
Voici, en effet , une lettre curieuse à leur sujet; elle est écrite de Versailles par M. de Saint-Florentin, le 6 juillet 1769:
«Il aurait été à désirer, Monsieur, que l'on eût pu amener le nommé Bouchairein et la veuve Roux à faire réhabiliter leur mariage; mais puisqu'ils s'y refusent obstinément, etqueM.l'évéque de Nimes pense, comme vous, qu'il convient de leur rendre la liberté, je vous envoie l'ordre du roi nécessaire pour faire sortir laveuve Roux des prisons de la citadelle de Nimes , et vous voudrez bien, de votre côté, ordonner l'élargissement de Bouchairein. Vous voudrez bien aussi leur défendre de cohabiter, et tenir la main à ce qu'ils ne contreviennent pas à cette défense.»
Un fait analogue se produisit à Mauguio. La lettre que nous allons transcrire en donne le récit et en fait connaître le châtiment.
«Versailles, le 23 avril 1768.
MM. les grands-vicaires de Montpellier, Monsieur, m'informent que la fille d'un pêcheur protestant du
lieu de Mauguio, élevée par sa mère dans la religion catholique, et qui a fait sa première communion l'année dernière, vient de consentir à épouser, au désert, un protestant qui n'a pas voulu subir les épreuves. Ces Messieurs me marquent qu'ils sont sûrs de la publication de deux bans au désert, et que vraisemblablement le troisième sera publié et le mariage célébré le dimanche suivant. Il serait bien rigoureux de faire le procès à cette jeune fille pour crime d'apostasie. Il ne faut pas môme désespérer qu'on ne la rappelle facilement aux principes de la religion qu'elle a toujours professée; mais sa faute ne saurait être dissimulée, surtout si c'est la première de ce genre qui se soit commise dans la paroisse de Mauguio , et je pense qu'il convient d'employer l'autorité du roi peur la séparer de son mari, et pour les faire enfermer l'un et l'autre.
« Saint-Florentin .»
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