CHAPITRE VII
le 9 janvier I 752, et ramait depuis vingt ans. C'était un parfait homme de bien et il appartenait à une famille très-respectable. Le subdélégué Tempié écrivait au duc de Lavrillière, à son sujet: «Il m'a été assuré que ces deux particuliers (le père et le fils) jouissent de la meilleure réputation, au point que le père a longtemps été continué premier consul, faute de sujets catholiques. »
Nous n'en finirions pas, si nous voulions mentionner tous les enfants, les jeunes gens et les jeunes personnes qui étaient enlevés à leurs parents. Les archives de l'intendance du Languedoc sont, sous ce rapport , d'une richesse inépuisable. Nous avons fait le relevé d'un grand nombre de ces affaires ; les reproduire ici serait évidemment se laisser entraîner trop loin et s'exposer à causer de l'ennui par le compte-rendu de causes qui se ressemblent. On trouvera dans les Pièces justificatives quelques échantillons, et un tableau qui pourra donner une idée du nombre. Il suffira de dire que généralement le curé de la paroisse ou l'évêque du diocèse écrivait à l'intendant qu'un enfant, un jeune homme, une jeune personne avaient des risques à courir, de la part de leurs parents, au sujet de leur éducation religieuse; qu'il était à craindre que ceux-ci combattissent l'enseignement catholique, et aussitôt un ordre du roi était réclamé par l'intendant. En vertu de cet
jugement du 20 juin 1752, pour crime de rébellion contre les troupes du roi, et pendu à N'imes.
ordre, l'enfant, le jeune homme, la jeune fille, se voyaient enlever à leurs parents pour être élevés dans la religion catholique. Le plus souvent ils étaient placés dans un couvent. Le supérieur ou la supérieure faisait , pour la décharge de l'agent chargé de la conduite, un reçu indiquant le jour et l'heure où la remise avait eu lieu. Pour sortir du couvent, il fallait un nouvel ordre du roi ; et l'on comprend que cet ordre n'était donné que sur des certificats de catholicité qui permettaient de penser que la foi catholique de celui ou de celle qu'il s'agissait de mettre en liberté, pourrait résister aux influences du dehors. D'ailleurs, des précautions étaient encore prises à cet égard. Il faut le dire cependant, quelquefois des mises en liberté furent ordonnées, non pour cause de conversion, mais pour impossibilité de convertir. Dans ce cas, ou l'on infligeait une peine plus forte, comme l'envoi à la tour de Constance, ou l'on rendait tout simplement la liberté. Il se trouve des exemples de ces deux façons d'agir. Nous devons sortir de ces généralités et parler d'une maison fondée à Montpellier, dans des vues de prosélytisme , pour l'éducation d'enfants appartenant à des parents protestants. L'existence de cet établissement avait été pressentie par M. Charles Coquerel,qui dit, à la page 107 du deuxième volume de son Histoire des Églises du désert , à l'occasion d'une dépêche de M. Le Nain : «D'autres passages nous ont fait concevoir l'opinion que l'abbé Bonnet (c'est de Saint-Bonnet qu'il faut lire), sur les fonds des amendes et confisca-