‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 196 sur 253 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

cause de religion, nous aurions souvent à signaler leur passage par l'une ou l'autre de ces maisons de détention ; nous ne faisons pas ici des biographies particulières. Les tableaux que nous venons de mentionner suffiront au but que nous nous sommes proposé.

La célébrité de la tour de Constance et les documents qui sont tombés entre nos mains , nous font un devoir de nous y arrêter un peu plus.

Nous ne décrirons pas , après tant d'autres, cette tour circulaire remarquable par ses dimensions et l'épaisseur de ses murailles, dans laquelle se trouvent deux immenses salles superposées l'une à l'autre et où la lumière ne pénètre que par deux grandes ouvertures placées au milieu de la voûte. Ces ouvertures, comme on l'a dit, donnent passage à la pluie aussi bien qu'à la lumière, et la salle inférieure, élevée pourtant audessus du sol , ne reçoit de clarté que celle qui a traversé la salle supérieure. C'est dans cet affreux séjour que furent renfermées de pauvres femmes dont le crime avait été de vouloir servir Dieu selon leur conscience, contrairement à l'ordre du roi. Parmi les listes de détenues que nous possédons , la plus ancienne est de 1741 . Elle fut dressée par l'intendant de Bernage, pour répondre à une lettre du ministre des affaires étrangères, Amelot de Chaillou, qui avait reçu à ce sujet un mémoire du roi de Prusse, dans lequel celui-ci sollicitait la liberté de plusieurs personnes de l'un et de l'antre sexe, qui étaient en prison dans la tour de Constance pour cause de religion. Ce mémoire, envoyé à Mont-

pellier, existe encore aux archives départementales, où nous avons pu le lire. Dans sa réponse au ministre, l'intendant se montre peu favorable à cette libération. Sa lettre, datée du 24 novembre 1741 , porte: «Je ne crois pas pouvoir mieux vous mettre en état de répondre au ministre de Prusse, qu'en vous envoyant la liste ci-jointe des prisonnières, par laquelle vous verrez que la plus grande partie ont été condamnées par des jugements en forme; non pas pour n'avoir . point rempli les devoirs de catholiques, parce qu'on ne leur fait aucune violence à cet égard ; mais pour avoir contrevenu aux ordonnances du roi, en fomentant ou assistant à des assemblées de religionnaires, très-contraires aux intentions et au service de Sa Majesté. »

Le nombre de ces malheureuses femmes à qui , d'après la lettre de l'intendant , l'on permettait bien de ne pas avoir de religion , mais non d'en avoir une différente de celle du roi , était alors de trente-trois. L'intendant a eu grand soin de faire noter dans la liste les raisons qui ont donné lieu à leur condamnation; toutes sont détenues pour fait de religion.

Nous possédons aussi deux autres listes dressées en 1745, dont l'une contient huit noms seulement et l'autre en renferme trente-trois. Ces deux listes s'expliquent par la correspondance du ministre , M. de Saint-Florentin, avec l'intendant.

M. de Saint-Florentin avait désiré posséder une liste générale des personnes détenues par ordre du roi dans les châteaux , communautés et maisons de

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