‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 197 sur 253 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

force de la province. Le ministre voulait que ce travail fût exécuté avec promptitude; mais, comme il fallait pour cela prendre beaucoup d'informations, ce ne fut que le 15 décembre 1745 que M. Le Nain put satisfaire à la demande qui lui avait été adressée le 14 septembre.

Dans cet intervalle, M. Le Nain fit une visite à Aigues-Mortes. Les prisonnières y étaient alors au nombre de trente-trois , et c'est bien celui porté par la liste générale. M. Le Nain les vit d'abord réunies, et s'entretintensuiteavecchacune en particulier. L'uned'elles, Isabeau Guibal, lui tint des propos qu'il .appelle très audacieux, et lui parut capable de gâter les autres en les entretenant dans leurs erreurs;' aussi la fit-il renfermer dans un cachot particulier. Sept autres ne voulurent point promettre de s'abstenir des assemblées , et il en composa un état particulier où figure aussi la première : c'est la liste des huit. Comme Isabeau Guibal, elles furent séparées de leurs compagnes. Celles-ci, au nombre de vingt-cinq, promirent formellement de se comporter suivant les intentions du roi, et de s'abstenir de toute pratique extérieure de la religion protestante. L'intendant termine sa lettre en disant qu'il se trouve actuellement en Languedoc un nombre infini de religionnaires contre lesquelles on ne sévit pas , et qui sont plus coupables que ces femmes.

La liste contenant trente-trois noms avait été dressée à Aiguës-Mortes quelques mois auparavant, le 1 5 avril 1745, par le major Combelle. A la colonne des ob-

servalions, nous lisons que leurs croyances étaient toujours les mêmes. Ceci n'a, du reste, rien de contraire cà la lettre de l'intendant que nous avons analysée. Une seule femme avait demandé d'aller à la me?se , confessé et communié. Chose étrange ! c'était précisément Isabeau Guibal, celle que M. Le Nain trouva si intraitable et qu'il ordonna de séquestrer. Au reste, Isabeau Guibal ne fit jamais abjuration ; elle mourut dans son culte à la tour de Constance, le 7 janvier 1746. On a pu remarquer dans le mémoire du roi de Prusse dont il a été fait mention plus haut, qu'il était question de personnes de l'un et l'autre sexe détenues à la tour de Constance. L'expression serait exacte , si l'on avait écrit: Aigues-Morles , au lieu de : tour de Constance. Nos recherches ne permettent pas de douter que des hommes n'y fussent temporairement enfermés. C'est qu'il existait et qu'il existe encore dans les remparts de cette ville d'autres tours plus petites, dont la célébrité a été effacée par celle de leur colossale voisine, ïl y a la tour de Saint-Antoine, la tour des Masques, la tour de la Mèche , la tour de la Reine, la tour de la Marine , la tour du Moulin et la tour des Bourguignons. Il est certain , au moins pour la tour des Masques, que des prisonniers pour cause d'assemblées y furent renfermés par ordre de l'intendant. Un devis fut dressé, en 1745, pour établir des prisons dans toutes ces tours. Au moyen d'une dépense de 4,499 livres 3 sols 6 deniers, on devait obtenir centtrois lits. Ce projet n'a jamais été exécuté.

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