CHAPITRE UNIQUE
L'époque de la mise en liberté des femmes de la tour de Constance et des galériens pour cause de religion, marque une modification sensible, un changement profond dans l'état de l'Église réformée. Jusqu'alors les protestants avaient tenu leurs assemblées sans interruption , nous l'avons vu ; mais ils avaient été sans cesse obligés de changer de lieu de culte , pour ne pas être surpris, et souvent toutes les précautions étaient vaines. Ils savaient qu'ils étaient recherchés et qu'ils devaient se tenir sur leurs gardes. Main • tenant on les laisse faire leurs assemblées à la porte des villes, et les seules précautions qu'on leur recommande, sont de ne pas se réunir en trop grand nombre et de choisir un endroit où ils ne soient pas trop en évidence. On ne les verra pas, s'ils ont soin de ne pas se faire remarquer. Précédemment, leurs pasteurs appartenaient plutôt à la province qu'à une localité particulière, et, quoiqu'ils fussent chargés de marier et de baptiser dans une certaine région , ils étaient bien plus les pasteurs du désert, sous la croix, du haut ou du bas Languedoc , que ceux de Castres , de Montpellier ou de Nimes. C'est ainsi qu'ils se qualifiaient dans leurs correspondances. A partir de cette époque, chaque Église eut son pasteur, qui ne craignit plus de dire le nom de son troupeau et de faire connaître le lieu de sa rési dence.
Le premier pasteur que nous trouvons à Montpellier après cette transformation, porte le nom d'André Bastide, et le lieu de culte où les protestants se réu-
nissentestle mas de Merle. Nous savons très-peu de chose sur le ministre Bastide. M. Charles Coquerel nous apprend que, dès l'année 1767, ce pasteur sollicitait du prince de Beauvau , commandant du Languedoc , la permission de célébrer le culte dans une maison ou de tenir ses assemblées tout près de la ville de Montpellier, et nous trouvons sa signature dans les registres du consistoire de cette Église, du 1 2 janvier 1771 au 20 décembre 1777. Il fut, par conséquent, pendant quelques années , le collègue de Rabaut- Pommier, qui commença d'exercer son ministère à Montpellier en 1772. Cette date est bien établie. Nous devons cependant avouer que le nom de ce ministre ne se trouve pas, avant l'année 1778, dans les registres fort incomplets que nous possédons.
Par contre, Bastide et Rabaut-Pommier figurent avec deux anciens au synode provincial assemblé au désert le 11 mai 1773, comme représentant les Églises de Montpellier, Pignan et Mauguio. Ces mêmes Églises, plus celle de Cette, avaient été représentées au synode de l'année précédente par le pasteur Bastide seul, avec deux anciens ; au synode de 1 771 , par les pasteurs Bastide et Bétrine, avec deux anciens ; au synode du 1er mai 1770, les quatre Églises que nous avons cidessus nommées n'avaient eu pour représentants que le pasteur André Bastide, avec un député.
Il y a ici une remarque très-importante à faire, qui confirme ce que nous avons déjà avancé: un changement s'opère dans la forme des procès -verbaux des