‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 21 sur 253 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'ennemi se montrait déjà de toutes parts; il était urgent de prendre les mesures les plus rigoureuses pour se défendre. Alors Baudiné adopta le moyen extrême que voici : il fit raser les faubourgs et abattre tous les arbres à portée du canon. On a beaucoup crié contre cette résolution , et les accusations de vandalisme ont été prodiguées aux protestants pour cette affaire. Il est vrai que les faubourgs étaient presque aussi grands que la ville et contenaient de nombreux édifices ; mais telles sont les lois de la guerre. Ce que Baudiné fit, tout autre général l'aurait probablement fait à sa place. Qu'aurait-on dit de lui s'il avait laissé prendre la ville pour épargner quelques monuments ? Quand on commande une armée , on ne peut pas sacrifier à quelques intérêts la cause qu'on a mission de défendre. Au reste, ces dévastations dont on blâme les prolestants en 1 562 , les catholiques les imitèrent à leur tour en 1570, dans des circonstances tout à fait analogues , et l'on n'a pas lancé contre eux la même accusation. Il ne faut pas avoir deux poids et deux mesures.

L'armée de Joyeuse ne s'arrêta pas devant Montpellier , qu'elle vit trop bien fortifié et trop résolu à se défendre; elle alla camper et se fortifier à Lattes. Ce camp ne fut levé que le 8 octobre.

Après cette délivrance et lorsque l'ennemi se fut éloigné de Montpellier , il paraît que les catholiques n'y furent pas très-bien traités et qu'on les contraignait d'aller entendre la prédication des pasteurs. Cela

ne doit pas nous surprendre, la liberté de conscience était peu comprise à cette époque. Ce qui devançait tout à fait les temps, c'est le sentiment exprimé par ce

manuscrit huguenot, que cite si souvent d'Aigrefeuille , et qu'il attribue à Philippy : « Cela arrivait , dit-il , quoique fut improuvée cette voie de vouloir contraindre les personnes à une religion. »

Les deux parties de la province de Languedoc tinrent leurs États à la fin de l'année , l'une à Nimes , l'autre h Carcassonne. Les États de Nimes élurent comme gouverneur et conservateur du pays, jusqu'à la majorité du roi, Antoine de Crussol, frère aîné de Baudiné. Ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'Antoine était et resta toujours catholique. 11 défendait les opprimés, et croyait servir la cause du roi et la prospérité de la province.

Les États de Carcassonne, assemblés un mois après ceux de Nimes, en furent la contre-partie.

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