CHAPITRE V
ville, savoir : Messieurs de la Cour des aides, avec leurs robes écartâtes, précédés de leurs huissiers en robes violettes; Messieurs de la Chambre des comptes; le siège Présidial , composé du président en robe d'écarlate, du lieutenant, conseillers et autres officiers au gouvernement de Montpellier. Venaient ensuite les consuls, accompagnés des bourgeois et marchands de la ville. Ils s'avancèrent tous jusqu'à la rencontre de M. le gouverneur, auquel ils firent la révérence en passant tous , par ordre, devant lui; après quoi ils reprirent le chemin de la ville pour l'y conduire. A son approche, il fut salué de toute l'artillerie, qu'on avait rangée hors de la porte de la Saunerie , et à son entrée les consuls , descendus de cheval , lui présentèrent un dais de velours cramoisi doublé de satin blanc, avec ses armoiries et celles de la ville en broderie, sous lequel il refusa de se mettre.
«Alors parurent inopinément certains chanoines de l'église cathédrale, et autres prêtres vêtus de surplis, et cinq ou six religieux cordeliers, qui se mirent en
marche devant lui, chantant processionnellement
M. Dampville venait ensuite, accompagné de M. de Joyeuse et d'un nombre infini d'autres seigneurs et gentilshommes du pays. »
On le voit, tout fut mis en jeu pour fêter ce grand personnage, qui semblait avoir pris pour devise, dit un historien, de faire honorer Dieu et respecter son autorité. Des gens d'église le conduisirent à Notre-Dame, où le Te Deum fut chanté. Un grand déploiement de
forces et des mesures militaires annoncèrent qu'il voulait être obéi et respecté. Les poètes le célébrèrent en plusieurs langues, et des cadeaux de beaucoup de goût et d'un très-grand prix lui furent offerts. Les protestants, qui occupaient tous les emplois publics , contribuèrent pour la plus grande part à ces magnificences.
L'évêque de Montpellier rentra, sur ses pas, dans sa ville épiscopale, ainsi que M. de Lacoste, juge-mage, et d'autres fervents catholiques que les troubles en avaient fait sortir.
Une grand'messe fut solennellement chantée à Notre- Dame-des-Tables , le lendemain de l'arrivée de Dampville. A dater de ce moment, le culte catholique dut être considéré comme rétabli.
Un accord qui témoignait des bonnes dispositions des principaux delà ville, catholiques et protestants, fut conclu le 5 décembre et approuvé par Dampville. D'après cet accord, il devait être nommé six catholiques et six protestants pour gérer les affaires publiques. On va voir comment cet engagement fut tenu.
Quelques jours après, vers la fin du mois, les États de la province , assemblés à Narbonne par le même Dampville, qui avait approuvé la convention, envoyèrent une députation au roi pour supplier Sa Majesté de ne pas souffrir deux religions dans le Languedoc. Il leur fut répondu que l'Éditde pacification devait être observé dans cette province comme dans les autres. Que n'eut-on toujours la même sagesse !