CHAPITRE YI
Consuls tous catholiques. — Le prince de Salerne. — Charles IX à Montpellier. — Deux ans de paix. — Acquisition de la maison de la Cour du Baile. — Premier cimetière des protestants. — Deuxième guerre civile. — Ordre aux apprentis et ouvriers de quitter la ville. — Le peuple s'émeut. — Joyeuse se retire dans le fort Saint-Pierre. — Il en sort furtivement pour faire avancer des troupes. — Les protestants assiègent Saint-Pierre une seconde fois. — D'Acier et Joyeuse sont en présence. — Ce dernier est hattu au pont Saint-Côme et se retire. — Actions de grâces après la victoire. — Saint-Pierre capitule. — Payan, Antoine Pellicier, Jean de Laplace et Michel Manny, pasteurs.
Le gouverneur Dampviile paraît avoir beaucoup tenu à ce qu'aucun protestant n'eût de place dans le consulat. Du moins, en janvier 15G4, jugeait-il à propos d'ordonner , avec le concours de deux commissaires envoyés du roi, que, dans les villes et villages des environs de Montpellier, on ne prendrait que des catholiques pour exercer la charge de consul. C'était là une violation ouverte d'engagements qui auraient dû être sacrés; les protestants s'en plaignirent hautement et firent beaucoup de démarches à ce sujet , mais ce fut en vain. Par les soins du seigneur de Castelnau-lès- Pézenas , et conformément aux ordres de Dampviile , les élections du mois de mars furent toutes catholiques. Et comme les sujets étaient rares , dit d'Àigrefeuille,
on fui réduit à prendre un homme de robe pour la première place. C'était une innovation.
Parmi les protestants les plus zélés , on remarquait à cette époque un prince de Salerne, qui s'était marié à Montpellier avec une demoiselle de la maison de Paul i an.
Au mois de décembre suivant , le roi Charles IX, qui parcourait son royaume, fit une visite à Montpellier. Il avait avec lui Catherine de Médicis, sa mère, le duc d'Orléans, son frère, qui fut plus tard Henri III, et le prince de Navarre (Henri IV). Nous ne dirons rien ici des honneurs qui lui furent rendus; mais nous ne saurions omettre qu'à l'occasion delà procession générale du 26 décembre, jour de saint Etienne, à laquelle le roi et sa suite prirent part, aucun protestant ne fut tenu ni d'assister à la procession, ni de tapisser sa maison. Le roi voulut que chacun agît avec une entière liberté.
Que l'exemple des grands peut être salutaire î . . . Le passage du roi fut suivi , à Montpellier , de deux ans d'une paix profonde.
Ce fut pendant ces années de calme et de tranquillité que les protestants, réclamant le bénéfice de l'Édit d'Amboise , voulurent se donner des lieux de culte convenables qui leur appartinssent en propre , et ne pussent plus être l'objet d'incessantes contestations. Dans ce but, ils adressèrent une requête au gouverneur Dampville , pour lui demander : 1° d'être autorisés à acheter deux lieux de culte convenables, et 2° la per-