‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 27 sur 253 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

temps . On s'entretenait des trames secrètes de Catherine et de Philippe II, et des intentions qu'aurait le roi de souscrireau concile de Trente. Partout les espritsétaient en fermentation. Des révoltes éclataient en divers lieux. Pour empêcher que la même chose arrivât à Montpellier, M. de Joyeuse accourut et prit des mesures qui ne firent que hâter l'explosion et la rendre plus terrible. Il y avait dans la ville un certain nombre d'artisans, de garçons de boutique, et d'apprentis. Ils s'y étaient rendus , comme dans toutes les cités, peut-être en plus grand nombre qu'ailleurs, pour gagner leur vie ou se faire une position. Ils étaient protestants pour la plupart. M, de Joyeuse ordonna de les faire sortir, et cet ordre fut exécuté avec un peu de violence. Le peuple s'émut, et Joyeuse se retira dans le fort Saint-Pierre avec sa femme, ses enfants, ses meubles les plus précieux , et les principaux catholiques. Les troupes s'y retirèrent aussi après quelques tentatives d'une vaine résistance. Le juge-mage, les consuls et plusieurs ecclésiastiques s'étaient aussi mis a l'abri derrière les murailles du fort. M. de Joyeuse en sortit pendant la nuit, par une porte dérobée, afin de faire avancer les troupes qu'il avait aux environs de Pézenas.

De leur côté, les protestants ne s'endormirent pas. Ils appelèrent à leur secours leurs amis des localités voisines, et, en vingt-quatre heures, des renforts considérables étaient réunis. Saint-Pierre fut assiégé, mais on offrit à Mmc de Joyeuse de la laisser sortir avec sa

suite. Cette dame refusa, et partit ensuite de nuit et sans permission.

Saint-Pierre fut attaqué et défendu avec une grande vigueur. Le collège de Saint-Ruf et la tour du Colombier, points stratégiques importants, tombèrent entre les mains des protestants. De leur côté, les catholiques, pour délruire les approches, mirent le feu à plusieurs maisons, et toute la rue des Carmes disparut dans les flammes.

Le baron de Crussol , qui avait pris le nom de seigneur d'Acier, vint au secours des protestants avec des gentilshommes et des ingénieurs. Joyeuse tenait la campagne avec 2,500 hommes et 400 chevaux. Les assiégeants se virent assiégés à leur tour. 11 y eut aux environs de Montpellier des rencontres meurtrières; Saint-Pierre était entouré de retranchements et faisait des sorties. Le génie militaire déployait de part et d'autre toutes les ressources de son art, le canon tonnait des deux côtés. C'était un siège dans toutes les règles. Enfin, Joyeuse dut abandonner la campagne, après un échec subi au pont Saint-Côme, sur la route de Ganges, et il fut visible, dès-lors, que la place serait obligée de capituler.

Avant de parler de cette capitulation, faisons connaître un détail de mœurs qui se reproduit souvent au milieu des armées huguenotes. Après la bataille du pont Saint-Côme et quand les catholiques se furent retirés vers les terroirs de Malbosc et de la Colombière, l'armée protestante tomba à genoux, et un ministre

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