CHAPITRE VII
1. Crussol fait nommer les consuls. — Exaltation des esprits à Montpellier. — Lacrouzette appelle du secours. — Le peuple refuse de le laisser entrer. — Cinq consuls, deux pasteurs et douze cents protestants quittent la ville. — Représailles. — Le feu est mis à la maison de la Cour du Baile. — De Fargues pendu. — Les catholiques démolissent les faubourgs. — Les protestants exilés rentrent dans Montpellier. — Le culte à Saint-Jean-de-Védas, — Les pasteurs sont forcés d'\ résider. — Plaintes à ce sujet. — Elles sont entendues. — Jean des Urcières, gouverneur. — La Saint-Barthélémy à Montpellier. — Belle conduite de Joyeuse. — Dampville et Crussol , duc d'Uzès, mi les rôles intervertis. — Assemblée de Nimes. — Dampville, chef des protestants.
L'élection des consuls était toujours une grande affaire à Montpellier ; d'Acier (le baron de Crussol) la fit faire avant l'époque fixée, après avoir tenu les Étals vers la mi-janvier. Il repartit» ensuite pour le Pont- Saint-Esprit, afin de défendre cette place contre les efforts réunis de Joyeuse et du comte de Tende. On n'entendait parler alors que de places prises et reprises. Ici les catholiques avaient l'avantage, ailleurs c'étaient les protestants. A Montpellier, les esprits étaient arrivés au plus haut degré d'exaltation et, tandis que la paix de Lonjumeau se préparait , le peuple se bâta d'achever la démolition des églises de Saint-Ruf, Sainte-Foy, Saint-Jean, Sainte-Anne, Saint-Sébastiendu-Palais, Sainte-Croix, Saint-Nicolas, Saint-Matthieu
et la maison épiscopale , dite de la Salle— l'Évêquc ;
Noire-Dame fut aussi endommagée.
La paix de Lonjumeau, si bien baptisée du nom de paix mal assise, fut publiée à Montpellier le 30 avril. Elle ne mit fin ni aux plaintes réciproques ni à la défiance, qui était générale. La troisième guerre civile ne pouvait manquer d'éclater bientôt. Les protestants n'avaient pas été désarmés à Montpellier, et des amis du dehors étaient venus les y joindre. Jean Nadal , seigneur de Lacrouzette, gouverneur de la ville de la part de Dampville, se retira dans le Palais ou Château, qu'il fit entourer de retranchements. Les troupes s'y casernèrent aussi, et il attendait de pied ferme les secours qui lui avaient été promis. Dès qu'ils se pré sentèrent, les Montpellierains ameutés tendirent les chaînes et firent des barricades aux portes des Carmes et de la Blanquerie. Le peuple était en rumeur dans les rues ; la garnison , sous les armes ; les soldats , que l'on empêchait d'entrer, rôdaient autour des remparts; uneétincelle pouvait allumer l'incendie. Des personnes influentes s'interposèrent, le peuple se calma, et il fut convenu que les étrangers quitteraient la ville et que les habitants qui le voudraient auraient la liberté de les accompagner. Les cinq premiers consuls, deux pasteurs et plus de douze cents personnes s'acheminèrent vers les Cévennes.
M. de Joyeuse arriva à Montpellier le 30 juillet, et nomma des consuls catholiques.
Les vaincus, vainqueurs h leur tour, ne surent pas