‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 30 sur 253 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

se montrer modérés dans leur victoire. Dès le 4 août, ils mirent le feu à la porte de la maison de la Cour du Baile, où l'on faisait le prêche; les bancs et la chaire volèrent en éclats, et l'édifice lui-même aurait été démoli, sans l'intervention de M. de Joyeuse. Les deux pasteurs qui étaient restés en ville durent rejoindre leurs collègues lorsque, le 19 octobre 1568, on publia l'Édit du 25 septembre, où le roi déclarait ne vouloir dans son royaume d'autre religion que la religion catholique.

S'il était besoin de preuves pour montrer que la population catholique, quand elle prenait le dessus, n'avait ni plus de respect pour ses chefs ni surtout plus d'humanité que la population protestante, nous en trouverions une bien concluante dans l'événement qui s'accomplit le 4 mars 1569.

Jacques de Fargues, marchand apothicaire d'une grande réputation et d'une très-bonne naissance, avait eu l'honneur de recevoir chez lui le roi Charles IX, et Sa Majesté avait daigné prendre une collation dans sa maison de la place des Cévenols. Il était âgé de 60 ans, et ses habitudes passaient pour fort paisibles, mais son fils avait figuré parmi les protestants les plus exaltés. On découvrit chez luidessacsde poudreà canon et quelques armes. Il fut mis en prison, ainsi que toute sa famille. Le peuple trouva les voies judiciaires trop lentes et craignit peut-être qu'elles ne fussent pas assez sévères; il voulut se faire justice lui-même, et se mutina vers le soir ; la maison de Fargues fut pillée pen-

Xi LIVRE PREMIER

dant toute la nuit ; on prit des meubles ou des épiceries pour une valeur de plus de 10,000 livres, et l'on finit par mettre le feu aux bâtiments. Puis, le peuple se transporta à l'Hôtel de Ville, et contraignit le juge- mage et les consuls à prononcer contre de Fargues la peine de mort. Ce n'était pas encore assez ,il voulut être luimême l'exécuteur de la sentence, se saisit du vieillard et l'alla pendre aux plus hautes fenêtres de sa maison carbonisée , où le cadavre demeura exposé toute la journée du lendemain, qui était un dimanche.

Pauvre nature humaine ! il semble qu'elle ne puisse échapper à la persécution que pour se faire persécutrice.

Les défaites de Jarnac et de Montcontour n'avaient pas abattu le courage des protestants. On sait qu'ils se rallièrent aussitôt autour de Coligny et marchèrent sur Paris, en passant par le Languedoc. Dans le mois de mars nous les trouvons ravageant Pignan, le Terrai, et menaçant Montpellier. Ce fut alors que les catholiques, maîtres de la ville, firent ce qu'ils ont si amèrement reproché aux protestants : ils démolirent les faubourgs, qui avaient été rebâtis depuis les premiers troubles, et l'on consacra même à cette œuvre de destruction le saint jour de Pâques.

L'armée de Coligny passa devant Montpellier sans essayer d'en faire le siège, se bornant à ravager la campagne , ce qui produisit un accroissement de misère pour le pays.

La nouvelle de la paix de Saint-Germain, annoncée

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