CHAPITRE VII
le 19 août 1570 par deux gentilshommes de l'un et l'autre culte, fut très-favorablement accueillie. Par cette paix, le roi rétablissait les protestants dans leurs biens et dans leurs charges, et leur permettait de récuser un certain nombre de juges dans chaque parlement. Il autorisait l'exercice libre de leur religion : 1° dans toute ville tenue par eux le 1er août, date de l'édit ; 2° dans les faubourgs de deux villes désignées dans chaque province, et 3° chez tous les seigneurs hautjusticiers de haut-haubert. 11 leur était encore assigné quatre villes de sûreté , savoir : La Rochelle, Monlauban , Cognac et la Charité. Les princes Henri de Navarre et Henri de Bourbon s'engageaient solidairement avec vingt-quatre gentilshommes à rendre ces places dans le même état, au bout de deux ans.
A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !
Les protestants sortis de Montpellier deux ans auparavant, se hâtèrent d'y rentrer, et la ville leur ouvrit ses portes pour les recevoir, le 17 septembre. Ils y retournèrent comme les Juifs de la Captivité à Jérusalem, la joie et la reconnaissance au fond du cœur, et amenant avec eux leurs ministres qui étaient restés à la tête du troupeau dispersé. Toutefois, beaucoup de monde manquait à l'appel ! la moitié de ceux qui étaient sortis en 1 568 avait été moissonnée sur les champs de bataille de Jarnac et de Monlcontour.
Mais une circonstance légale devait s'opposer au rétablissement du culte dans#la ville de Montpellier.
Au commencement du mois d'août, cette cité n'était pas détenue par les protestants , et son nom n'était pas écrit dans l'édit comme étant une des deux villes de la province dans les faubourgs de laquelle le culte était autorisé. La lettre de l'édit était formelle, il n'y avait pas moyen de l'éluder. Il fallut donc se résigner à chercher dans le voisinage quelque terre de hautjusticier: Jacques de Sarret, seigneur de Saint-Jeande-Védas , leur offrit territoire. «Tous les religionnaires de la ville y allaient entendre le prêche. Jeunes et vieux, hommes et femmes, se rendaient aux jours ordonnés. »
A cet inconvénient près pour les protestants, tout marchait bien dans la ville. Les habitants des deux religions vivaient en paix, et ils venaient de célébrer ensemble le mariage de Charles IX avec Elisabeth d'Autriche. Une jalousie qui fut peut-être le fait de quelques individus et non l'expression de la volonté de la masse, vint altérer cet accord.
Le culte était célébré à Saint-Jean-de-Védas, mais les ministres Laplace , Maupeau et Formy résidaient dans l'enceinte de la ville. Ils étaient avec le troupeau; il semble que c'était leur place. Le décret ne le défendait pas, c'était bien le cas de se réclamer de cet adage : tout ce que la loi n'interdit pas , elle le permet. Les catholiques firent des réclamations au sujet de cette résidence, et obtinrent un ordre de la cour qui interdisait aux ministres de résider dans les villes où l'exercice de la religion n'était pas permis.