CHAPITRE VIII
Le maréchal nomma les consuls, et les choisit mipartie, le premier protestant, le second catholique, et ainsi des autres jusqu'au dernier. L'ordre devait être interverti chaque année, de manière que les deux cultes eussent alternativement la prééminence. Les consuls qui entrèrent en charge le 25 mars furent : Antoine de Tremolet, baron de Montpezat et conseiller en la Cour des aides, protestant; Pierre Challon, bourgeois, catholique; Jean Miot, Jacques Lauthier, Basco et Salgues. Ils prêtèrent tous serment entre les mains de Claude Convers, lieutenant particulier du gouvernement, les catholiques dans l'église Notre-Dame, et les protestants devant la Maison de Ville. Le conseil des Vingt-quatre fut mi-partie, comme les consuls.
Nous avons vu qu'en 1 565 les catholiques s'étaient emparés de la maison de la Cour du Baile. Ils en étaient encore détenteurs en 1574. Les protestants, on le conçoit, durent profiter du premier moment où ils purent espérer d'obtenir justice, pour faire des réclamations. En conséquence, le 15 novembre ils firent requête à M. le maréchal de Dampville d'une maison (la Cour du Baile) qui était occupée par les ecclésiastiques de la ville. Ils exposèrent que cette maison avait été acquise de leurs deniers, qu'ils en avaient joui paisiblement jusqu'au commencement des seconds troubles, et qu'alors, ayant été obligés de quitter la ville, les prêtres s'en étaient emparés. Après la dernière paix, ajoutaient les suppliants, ils s'étaient adressés à M. Mole, commissaire délégué par Sa
Majesté pour l'exécution de l'Édit de pacification; et, bien qu'il eût été ordonné que la maison leur serait rendue, cet arrêt demeurait inexécuté. Pareille requête fut aussi adressée h Messieurs des États, qui l'accueillirent favorablement, et le maréchal de Dampville prit, le 22 novembre 1 574, un arrêté ainsi conçu : « A été enjoint aux détenteurs de la maison appartenant aux suppliants les réintégrer, suivant l'avis qui nous a été donné par l'assemblée des trois Étals. »
Les forces procurées au maréchal par son alliance avec les protestants, lui permirent de tenir tête au roi, qui était descendu jusqu'à Avignon pour pacifier le Languedoc; l'armée royale, commandée par le duc d'Uzès , et celle du maréchal , demeurèrent un mois en présence, sans en venir aux mains, sur les deux rives du Yidourle.
La cherté des vivres devint extrême à Montpellier. Cette pénurie fut encore accrue par l'arrivée des campagnards, qui, effrayés de l'aspect des troupes, quittaient leurs villages pour se réfugier dans la ville.
Le Languedoc était alors dans une situation singulière ; il avait trois gouverneurs : le vicomte de Joyeuse tenait le Haut-Languedoc , et le duc d'Uzès le Bas. Leur autorité leur venait du roi. Le maréchal Dampville, destitué par le monarque, commandait en réalité à la plus grande partie de la province, par droit de souveraineté populaire.
Pendant une grave maladie du maréchal, qui dura du 15 mai au 24 juin, la ville de Montpellier fut pion-