CHAPITRE VFH 9S
gée dans une grande perplexité. Elle provenait en partie de cette circonstance que le maréchal, pour ne pas accroître la misère de la ville, avait distribué dans les villages environnants 1200 soldats catholiques français. Le maréchal vivant, ce n'étaient là que des auxiliaires ; le maréchal mort , ils pouvaient facilement devenir des ennemis. Une assemblée générale fut convoquée à Montpellier, pour prévoir les circonstances et y parer. 'Il y avait dans cette assemblée des principaux du chapitre, des membres de la Cour des aides, de la Chambre des comptes, de la noblesse, des officiers, des ministres de la religion ( Laplace, Formy, Payan ) et un nombre infini de peuple. Il y fut décidé que, quoi qu'il arrivât de la maladie de Dampville, on resterait dans l'état où l'on était, et l'on promit de ne molester aucun catholique et de vivre suivant les règlements convenus de part et d'autre.
Le maréchal se rétablit et répara le temps perdu par de grands avantages; il se rendit maître de Loupian, Valros, Puimisson, Gignac et Clermont.
La paix de Monsieur, ainsi nommée de ce que le duc d'Alençon était à la tête du parti des Politiques, et que c'était avec lui que la cour traitait, fut très-bien accueillie à Montpellier ( 7 juin 1576). Elle était en effet très-avantageuse à la liberté de tous. Les catholiques et les protestants en rendirent grâces à Dieu, dans leurs temples respectifs. Ils se réunirent fraternellement pour le feu de joie.
Aux termes de cet édit , en G3 articles , l'exercice
libre, public et général de la religion prétendue réformée est permis dans toutes les villes et lieux du royaume. Des cimetières seront accordés partout aux protestants. Les temples qui leur ont été enlevés devront leur être rendus, et ils pourront en faire bâtir d'autres, excepté à Paris et cà deux lieues de circuit. Les protestants seront reçus comme les catholiques , sans aucune exception, aux universités, collèges, écoles, hôpitaux. Les charges et offices dont ils pourront être pourvus ne les contraindront d'assister à aucune cérémonie contraire à leur foi. Ils sont, comme les Politiques, déclarés admissibles à tous les emplois. Tout ce qui est propre à exciter les passions sera éloigné très-soigneusement des discours publics, qui ne devront tendre qua l'instruction et à l'édification des auditeurs.
A côté de ces dispositions, applicables à tout le royaume, il en est une plus particulière à Montpellier. L'édit y établit, en effet, une chambre composée de deux présidents et de dix-huit conseillers, moitié catholiques et moitié protestants. Cette cour, dont les dignitaires auront les mêmes émoluments, honneurs et prérogatives que ceux du parlement de Toulouse, jugera souverainement.
Enfin, par ce traité, le maréchal de Dampville est maintenu dans son gouvernement du Languedoc.