chapitre ix yu
de la même prévenance. Le seigneur d'Oignon de la part du roi , l'évèquedu Puy de la part du clergé, le seigneur de Rochefort pour la noblesse, et le seigneur du Rogier pour le tiers-état, se rendirent à Montpellier.
Les députés remplirent leur mission le 2 juillet. Le maréchal demanda quelques jours de réflexion, et fit ensuite une réponse évasive.
Les dispositions secrètes du maréchal furent dévoilées par le jugement qu'il eut à rendre, à Béziers, entre les catholiques et les prolestants, qui se disputaient la garde de la citadelle. Le maréchal donna gain de cause aux premiers. Alors Saint-Romain, gouverneur de la ville, et le capitaine Sengla, natif de Montpellier, l'un et l'autre zélés religionnaires , estil dit, et fort attachés au maréchal, se plaignirent à lui de cette conduite, avec une grande vivacité. Le maréchal leur répondit brusquement que, s'ils n'étaient pas contents, ils pouvaient se retirer. Ils usèrent de la permission; Saint-Romain alla s'emparer d'Aigues- Mortes et Sengla se rendit a Montpellier , que son arrivée mit en émoi. Dès le lendemain, 19 février, les protestants délibérèrent de se soustraire à l'obéissance du maréchal; le peuple fut armé et les catholiques surveillés. La population, consuls en tète, se rendit au Palais, où logeait Mme la maréchale, et lui fit sommation de rendre les clefs de la ville et d'en sortir le lendemain. On s'oublia même, à son égard, jusqu'à l'insulter.
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Il est facile de comprendre combien le maréchal dut être blessé de cette conduile. Son profond ressentiment ne fut point apaisé par la démarche que fit, en avril , le synode provincial tenu à Lunel, bien que sa députation, à la tète de laquelle se trouvait Ségur de Pardaillan , envoyé du roi de Navarre, fût très-poliment accueillie.
En effet, le maréchal se préparait à la guerre. Il prit Frontignan, Villeneuve-lez-Maguelone et investit Montpellier, où commandait François de Chàtillon , fils de l'amiral Coligny. Son plan de campagne ne fut pas de prendre la ville de vive force, mais de la réduire par famine, et il fit ravager les blés qui étaient sur pied dans la campagne. M. de Chàtillon envoya des troupes pour protéger les moissonneurs ; elles étaient sous le commandement de Sengla, Lamadelaine et Cornusson. Le maréchal, parti de Villeneuve avec du canon , se mit en personne à leur poursuite , et ces braves militaires durent se rendre après une lutte opiniâtre. Les soldats furent passés au fil de l'épée et les chefs pendus à des arbres. La fureur de la yengeance fit tout oublier à Dampville : Sengla l'avait soigné avec une affection filiale, et ne l'avait quitté ni jour ni nuit pendant la longue maladie qu'il avait faite à Montpellier; Lamadelaine avait commandé l'artillerie sous ses ordres.
Ce fut pendant cette atroce famine, occasionnée par deux mois de blocus, que Chàtillon accomplit, au milieu des plus grandes difficultés, un voyage qui fait