CHAPITRE X
Mission pacifique de Montluc. — Catherine de Médicis au château de La Vérone. — La paix et la guerre. — Condé à Montpellier. — Dampville se réconcilie avec les habitants de la ville. — Construction du grand temple. — Union à Castres du roi de Navarre, Dampville et Chàtillon. — Le roi se fait chef de la Ligue. — L'exercice de la religion interdit. — Confédération de Pézenas. — Dampville est révoqué par le roi. — Il conserve son commandement. — Deux centquarante galériens accueillis à Montpellier.
Tout paraissait arrangé pour uns paix durable ; mais les esprits n'étaient pas à la paix, et les principes de tolérance déposés dans l'Édit de Poitiers n'avaient point de racines dans la société. On le savait à la cour, et l'évêque de Valence, Jean de Montluc, fut envoyé en Languedoc pour y travailler au maintien de la concorde. Il arriva à Montpellier au commencement de 1578, y vit M. de Chàtillon, et se rendit àBéziers, où il fit prendre aux États la délibération de vivre en paix, sans distinction de culte.
A leur retour de Béziers, les consuls se firent les propagateurs des sentiments pacifiques dont ils venaient de recevoir l'inspiration, et il fut décidé qu'on rappellerait tous les officiers qui s'étaient absentés pour cause de troubles, et qu'une entière liberté leur serait garantie dans l'exercice de leurs charges. Tous les con-
104 L1VKE PREMIER
suis étaient protestants à cette époque, et ils continueront de l'être jusqu'en 1622.
La reine-mère, Catherine de Médicis, s'était rendue à Nërac auprès du roi de Navarre , sous le prétexte avoué de lui ramener sa femme, mais avec l'intention réelle d'entamer deà négociations afin d'amuser les partis. Après des conventions insignifiantes , elle prit le chemin du Languedoc , traversa Béziers et Pézenas- et se rendit auprès de Montpellier, où elle n'entra pas, à cause des ravages de la peste, qui emporta 8,000 personnes en moins de deux ans. Elle s'arrêta au château de La Vérune, où furent appelés les principaux des deux religions, et, par une convention réciproque, les uns et les autres s'engagèrent à vivre en paix. Un acte fut passé à cet effet, le 28 mai, par-devant M. Pinard, secrétaire d'État.
Le maréchal, qui était allé attendre la reine à Toulouse, l'accompagna jusqu'à Grenoble. II ne revint dans son gouvernement qu'au mois d'octobre. Il y trouva la guerre civile rallumée, et fit, pour l'apaiser, des efforts qui ne demeurèrent pas infructueux.
Par ordre de la cour, le duc de Montmorency (Dampville) se rendit ensuite à Mazères. C'est là qu'il eut avec le roi de Navarre cette conférence dont il faut faire dater la liaison secrète qui s'établit entre eux.
Dans ce temps de désordre, lorsque l'esprit de la Ligue soufflait la discorde dans les provinces, il s'était produit à Montpellier cette insubordination qu'on voit presque partout en pareille occasion. La confiance en