‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 47 sur 253 · CHAPITRE XI H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI H

les mains de ses ennemis. Son premier soin fut d'informer de sa mésaventure sa femme, Constance Cézelly' qui était alors chez son père, Jean de Cézelly, président en seul de la Chambre des comptes de Montpellier. Il l'engageait à se jeter dans le fort de Leucate et à ne prêter l'oreille à aucune proposition des Espagnols ou des ligueurs. Sans perdre un moment, Constance s'embarque à Maguelone, débarque heureusement à Leucate, et prend les meilleures dispositions avec le plus grand courage. Les Espagnols et les ligueurs attaquèrent en effet le fort , mais ils furent énergiquement repoussés. Pour arriver à leurs fins par un autre moyen, ils s'adressèrent au gouverneur prisonnier, menaçant de le mettre à mort s'il ne# faisait rendre la place ; tandis qu'au contraire ils lui faisaient les plus belles promesses si elle était livrée. Les menaces et les promesses trouvèrent Boursier inflexible. Que firent-ils alors ? Ils cherchèrent à intimider la femme , et lui dirent qu'elle ne pouvait sauver la vie de son mari qu'à la condition de livrer Leucate. Tout ce que la tendresse conseillait et que l'honneur n'interdisait pas, elle le fit. J'ai des pierreries et des bijoux, dit-elle, les voilà; la somme qu'il vous plaira de fixer, je la compterai. Mais , ajouta-t-elle , je ne consentirai jamais à manquer à la foi jurée au roi par mon mari. — Ils eurent la

1 C'est sous le nom de Constance que cette femme héroïque est passée à la postérité. Dans une pièce autographe soigneusement conservée aux archives du département de l'Hérault, elle signe Françoise et même Francèse.

I I i LIVRE PREMIER

bassesse d'immoler Boursier et d'envoyer son cadavre à Leucate. La garnison fut tellement indignée de cet acte barbare, qu'elle alla trouver Constance Cézelly, et lui demanda le seigneur de Loupian, prisonnier de guerre, que le duc de Montmorency lui avait envoyé pour répondre de la vie de son mari. Cette noble femme eut la grandeur d'âme de s'opposer à cette vengeance, et se contenta de faire un si grand feu sur les ennemis, qu'ils n'osèrent plus renouveler leurs attaques contre Leucate. Pour lui témoigner sa reconnaissance, Henri IV lui conserva le gouvernement de la place jusqu'à ce qu'elle pût le transmettre à son fils Hercule. Quelques personnes ayant fait observer au roi que les mains d'une femme étaient bien faibles pour un poste de cette importance , il répondit que peu d'hommes feraient pour son service ce que cette femme avait accompli.

Quel était le culte de Constance ? Nous aurions été heureux de trouver un témoignage concluant qui nous permît de la revendiquer pour la Réforme. A défaut de ce témoignage exprès , nous avons une forte présomption. A l'arrivée de Dampville en Languedoc, nous dit d'Aigrefeuille , les protestants occupaient à Montpellier tous les emplois publics. Jean de Cézelly était président en seul de la Chambre des comptes ; il est donc probable que sa fille était protestante : tout au moins était-elle de sang protestant.

Le 23 juillet 1593, Henri IV acheta Paris par une messe. Les protestants de Montpellier en reçurent la nouvelle avec la promesse qu'ils seraient entretenus

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