CHAPITRE XI
dans la jouissance des édits. Cette abjuration leur causa une grande tristesse , tandis que les catholiques firent une procession au sujet de la conversion du roi. Quoique les protestants fussent les plus nombreux, ils ne mirent aucun obstacle à la manifestation d'une joie qu'il leur était impossible de partager.
C'est ici le cas de donner quelques renseignements sur le pasteur Jean Gigord, qui joua un rôle important dans l'histoire du protestantisme et fut, pendant plus d'un demi-siècle, pasteur de l'Église de Montpellier.
Nous avons parlé des demandes réitérées que les Églises de France, et celle de Montpellier en particulier, faisaient auprès de la vénérable Compagnie de Genève, pour en obtenir des pasteurs. En 1583, cette pénurie de sujets inspira à un ou ;'t plusieurs membres de l'Église de Montpellier, une résolution charitable qu'il ne faut pas passer sous silence. Cette personne ou ces personnes conçurent l'excellente pensée de subvenir aux frais d'études d'un sujet bien qualifié, qui se destinerait au saint Ministère et prendrait l'engagement de se vouer au service de l'Église qui pourvoirait aux frais de son éducation. Une lettre fut écrite dans ce sens à la vénérable Compagnie, au nom des ministres et des anciens. Elle est signée de Laplace et Payan. Dans cette lettre, il est dit qu'une somme a été fournie au Consistoire afin de constituer une rente qui permette d'entretenir un écolier. Ce corps s'était vainement occupé de la désignation d'un sujet; n'en ayant pas trouvé, il pria la vénérable Compagnie de lui en indiquer
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un qui lût convenable et prît l'engagement demandé. Dans le courant du mois d'avril, Genève fit sa réponse ; elle se réjouissait de la bonne nouvelle qui lui était annoncée, donnait quelques renseignements sur le placement des fonds , disait que la somme de 1 50 liv. était nécessaire pour l'entretien d'un écolier, et proposait le jeune Gigord, élève de très-grande espérance, qui d'ailleurs était du Languedoc, et sur lequel il serait très-facile au Consistoire d'avoir des renseignements. Gigord était alors âgé de dix-neuf ans.
Il paraît que déjà à cette époque, l'Académie de Genève avait coutume d'envoyer ses meilleurs étudiants en Allemagne, àHeidelberg surtout, pour y compléter leurs études. Gigord devait faire ce voyage, mais un dérangement de santé s'y opposa, et l'Église de Montpellier, informée de ce qui survenait et pensant que l'air natal serait favorable au rétablissement du jeune ministre, le réclama par une lettre du 9 octobre 1584. Cette lettre, écrite à la vénérable Compagnie, est signée de Laplace, Payan , Villette. Cette dernière signature indique que Villette a rempli des fonctions pastorales dans l'Église de Montpellier; c'est la seule trace que nous ayons trouvée de son passage. Une lettre de 1591, écrite par le Consistoire de Montpellier à celui de Nimes, au sujet du procès de Jean de Serres, fait connaître qu'il en fut de même de C. Brunier; sa signature s'y trouve en effet avec celles de Payan et de Gigord, avant celles des anciens. L'original est entre les mains de M. le pasteur Borrel , de Nimes , qui a bien voulu nous le communiquer.