CHAPITRE XI
tion , et donna au colloque l'autorisation demandée.
Dans une autre circonstance, Gigord fit partie d'une commission de six membres que le synode institua pour veiller à la conservation de la saine doctrine. Deux devaient être pris danscliacun des trois colloques qui composaient l'arrondissement synodal. De Croy , de Béziers , fut adjoint à Gigord, pour le colloque de Montpellier; Justamond et Delarc représentèrent celui de Nimes; Ducros et Manuel celui d'Uzès.
Le rôle de Gigord ne se borna pas à la province ; il représenta souvent celle-ci devant tout le protestantisme français. 11 eut des controverses religieuses, en 1 599, avec le jésuite Jean Gontery, et avec le Père Cotton , en 1608. Un synode général lui accorda une gratification de 1,850 livres pour cet objet. II assista successivement à plusieurs assemblées politiques et synodes; en 1614, il présida le synode de Tonneins, et futdéputé au roi avec de L'Angle, par le synode d'Alençon. Sa mort, qui eut lieu vers 1650, fut édifiante, au point que Pierre Prunet,étudianten théologie, voulut en perpétuer le souvenir par une relation qu'il en publia sous ce titre : Les dernières paroles de feu M. Gigord.
Un nommé Fite profila plus tard de la fondation dont Gigord avait joui le premier. Il fut élevé aux frais de l'Église de Montpellier, qui le céda, en 1599 et moyennant remboursement, à l'Église de Saint-Jeandu-Gard.
Les lumières sont toujours favorables à la propagation de l'Évangile. Les protestants de Montpellier,
fidèles à ce principe , établirent de bonne heure la gratuité de l'enseignement. Les consuls de cette ville, tous calvinistes, installèrent trois régents à l'École- Mage, auxquels ils affectèrent des traitements fixes. Ces maîtres s'engageaient à professer pendant un an à partir de la Saint-Luc, et s'interdisaient de recevoir aucune rétribution des élèves de la ville ou du diocèse ' .
Henri ÏV avait amélioré la position des régents de la Faculté de médecine et de celle de droit. A la demande des consuls, et pour renouveler l'esprit public par la culture des lettres, il prescrivit, le 6 juillet 1 596, l'enseignement des arts libéraux, des langues latine et grecque, et mit un impôt de 12 deniers par quintal sur le sel , afin de pourvoir à la dépense.
Ce n'était pas assez que le souverain créât les chaires et pourvût au traitement des professeurs, il fallait encore, il fallait surtout trouver des hommes capables. Le premier consul de la ville parvint enfin à passer un engagement avec le célèbre Isaac Casaubon, qui résidait à Genève. Cet homme, le plus êrudit de son temps, au dire de Cunœus; un homme incomparable et l'honneur immortel de son siècle, selon Saumaise; le phénix des érudits et le soleil des savants , d'après l'appréciation de Scaliger et de Heinsius, arriva à Montpellier avec sa famille vers !a fin de 1 596. Aussitôt le conseil de ville
1 Les détails dans lesquels nous entrons sur l'enseignement sont généralement extraits de la brochure de M. Faucillon sur la Faculté des arts.
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composa une commission ' de huit membres appelés intendants, chargée de procéder, avec les consuls, à l'organisation du collège-. Cinq régents furent adjoints à Casaubon , et , comme la Maison-Mage était trop délabrée pour recevoir les classes, elles s'installèrent provisoirement dans les locaux du collège dit de Mende. Casaubon, qui donnait et qui pouvait donner tant de lustre à Montpellier, n'y passa malheureusement que deux ans.
Henri IV avait franchi les degrés du trône par une abjuration; il ne pouvait pas oublier ses anciens coreligionnaires , qui avaient répandu leur sang pour lui et au dévouement desquels il devait, en très-grande partie, le triomphe de sa cause. Déjà il les avait assurés qu'ils jouiraient de tous les avantages garantis par les édils de pacification ; il voulut leur en donner la confirmation par la promulgation de l'Édit de Nantes. Cet édit ne faisait pas de concessions nouvelles , mais garantissait les anciennes, et fut accueilli par les protestants avec une joie très-réelle et une profonde reconnaissance. Il devait être, aux yeux du roi, un acte de justice. Comment concevoir, en effet, que Henri IV eût pu refusera ses anciens coreligionnaires une liberté pour laquelle il avait si longtemps combattu lui-même?
» Les huit membres de cette commission furent , du côté des calvinistes : Jean de Philippy, Jean de Fontanon, Guillaume Ranchin et le pasteur Jean Gigord. Du côté des catholiques : Pierre de Tuffany, Jean de Rochemore, François de Valobscure , et le chanoine Guillot de Pollet, prévôt de la cathédrale.
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L'Édit de Nantes était aussi un acte de bonne politique. On sait que les protestants se défiaient du roi et qu'ils n'allaient plus se ranger sous ses drapeaux. Cette défiance, suite de l'abjuration du monarque, était encore accrue par la paix de Vervins : une paix avec l'Espagne leur paraissait être une guerre contre la liberté de conscience.
Le synode national de Montpellier fut tenu au milieu de ces circonstances , sous la présidence de Michel Béraud , pasteur à Montauban. A peu près toutes les provinces y étaient représentées; mais, outre les délégués réguliers des synodes provinciaux, il paraît que beaucoup d'autres membres laïques et des pasteurs s'étaient rendus dans la ville. Les mémoires portent qu'il y avait 1 50 ministres. S'il n'y a pas exagération , les circonstances politiques peuvent seules expliquer cette réunion tout à fait inusitée.
Au dire des historiens catholiques , le courage de l'assemblée n'aurait pas été en rapport avec le nombre de ses membres , car de ces 150 pasteurs il ne s'en serait pas trouvé un seul pour accepter la dispute que leur offrait Guitard de Ratte , évêque de Montpellier. Cette assertion est d'autant plus étonnante , qu'un des pasteurs de la ville, Jean Gigord, passait pour être assez habile dans la controverse , et qu'il était l'un de ceux qui avaient été désignés quelques années auparavant , par le synode de Montauban, pour entrer en conférence avec les controversistes de l'Église romaine. Il faut convenir de plus que Gigord n'était pas d'un caractère très-