CHAPITRE XI
timide, puisqu'il accepta successivement des disputes contre Gontery et !e Père Cotton, tous deux de la compagnie de Jésus. Mais à Castres, par exemple, l'évêque de la ville réclamait le droit de présider à ces débats, et Gigord ne consentit pas à les continuer en se soumettant à celte condition. A Montpellier même, l'évêque qui provoquait les ministres les dénonçait comme des conspirateurs auprès du roi Henri IV1. Provoquer à la dispute des gens qne l'on croit dans l'erreur, et attirer sur eux les rigueurs du pouvoir, ne sont pas des actes qui témoignent également de l'amour de la vérité. Quel était le crime que commettaient les protestants, pour être ainsi dénoncés par l'évêque ? Hélas ! ils dressaient des cahiers qui devaient être soumis au roi et dans lesquels ils se plaignaient de violations déjà commises contre l'Édit de Nantes.
Ce fut au sein de ce synode que l'on vit apparaître Daniel Peyrol, qui devait jouer un rôle clans les Églises de Montpellier et de Nîmes. Il demandait à être admis au saint Ministère. Le synode, ne le jugeant pas suffisamment préparé , l'exhorta à lire l'Écriture sainte ainsi que les bons auteurs du temps, et le renvoya au synode provincial pour y être examiné plus tard. Dès le 31 août 1599, nous le trouvons au nombre des pasteurs de Montpellier, qui étaient alors Rudavel , Gigord , Codur et Peyrol. En 1 626, il fut déposé pour cause d'apostasie par le synode national de Castres ,
1 D'Aigrefeuille , 2e partie.
\-2'i LIVRE PREMIER
mais il revint bientôt de son erreur, car il se rétracta le 18 avril 1627, et fut rétabli clans son office pastoral. En 1630, il fut nommé à Nimes comme pasteur et professeur, et remplit ces doubles fonctions jusqu'en 1634.
En vertu de l'Édit de Nantes, qui n'avait été vérifié à Montpellier que le 12 février 1600 , les catholiques désirèrent rentrer en possession de l'église Notre - Dame-des-Tables ; et comme ils craignaient que les protestants ne voulussent pas se départir de cet édifice, ils députèrent à la cour pour le réclamer. Cette députation était composée de Me Homer de Gérard , conseiller en la Cour des aides, de Jean Testoris, procureur-général en la Chambre des comptes , et de Claude Talamandier, lieutenant de robe courte au présidial. Le roi répondit qu'il enverrait des commissaires sur les lieux pour l'exécution de l'édit. Après un retard de quelques mois, de Chamblay , maître des requêtes, et Dubourg , gouverneur de l'IsIe-Jourdain , ce dernier protestant, arrivèrent à Montpellier. Ces commissaires s'adjoignirent M. de Ventadour, gouverneur de la ville, et il fut décidé en décembre que Notre-Dame serait rendue aux catholiques. La décision était juste, car elle n'était que la conséquence rigoureuse d'un article de l'édit. Une émeute éclata lorsqu'elle fut mise à exécution.
Conformément à cette délibération, l'évêque de Montpellier, Guitard de Ratte, avait fixé le 28 décembre pour prendre possession de l'église, et M. de Ventadour