CHAPITRE XI
voulut y assister, pour tout autoriser par sa présence. Mais on ne se borna pas à une simple prise de possession de l'église , on se rendit avec des pioches et des échelles, pour renverser un ravelin bâti parles protestants. En avait-on le droit? Oui, dit Dutertre, auteur du manuscrit que nous avons souvent cité ; il appuie son opinion sur cette circonstance que les matériaux dont oa s'était servi pour construire le ravelin provenaient d'une tour de l'église. Les protestants étaient d'une opinion contraire; ils pensaient que, puisque Montpellier était une des places de sûreté qui leur avaient été accordées , on ne devait pas en affaiblir les défenses. Ils se conformaient à l'édit en rendant l'église ; les catholiques le violaient en s'attaquant aux ouvrages de leur place de sûreté. Aussi , à peine eut-on dressé une échelle pour démolir le ravelin voisin de l'église, qu'une grêle de pierres vola dans les airs ; les cloches de la ville furent mises en branle, et, au bruit du tocsin , quinze cents habitants armés arrivèrent par toutes les avenues. M. deVenladour se retira , ainsi qu'une partie des chanoines ; l'évêque montra plus de courage, et l'on rapporte qu'il dit, en se tournant vers le baron de Castries, l'un des principaux qui l'accompagnaient: «Messieurs, s'il faut mourir, nous n'en trouverons jamais de plus belle occasion, puisqu'il s'agit de la gloire de Dieu et du rétdblissement de son culte.» Le courage du noble prélat .est certainement incontestable. Il y a beaucoup de grandeur d'âme dans les paroles que nous venons de citer;
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mais il nous semble cependant que cette valeur aurait pu être réservée pour une meilleure occasion. Si l'évoque s'était fait tuer en rétablissant son culte dans l'église, sa mort aurait été un martyre ; s'il avait été tué en faisant démolir le ravelin, sa fin n'eut été que le trépas d'un soldat malheureux. Nous n'admettons pas qu'il y eût beaucoup de dignité , encore moins de sagesse pour un évêque, h présider avec son clergé à une démolition qui pouvait ne pas être juste. Dans tous les cas, sa présence ne servait qu'à exciter les passions. Le courage de l'homme de Dieu ne doit pas ressembler à une bravade.
Le tumulte avait duré de neuf heures du matin à deux heures de l'après-midi , malgré tout ce que les consuls avaient pu faire pour l'apaiser. Les catholiques cédèrent à la force, mais en appelèrent au souverain, qui ordonna aux consuls de faire démolir le ravelin et de mettre les catholiques en possession de leur église. Ces ordres furent ponctuellement exécutés.