‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 63 sur 253 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Jehan Gerrault, commissaire auprésidial de Nimes, et Suffrein,ministredeMontauban, pour ceux de lareligion prétendue réformée de la province de Languedoc, le roi étant en son conseil, interprétant les réponses ci-devant faites, décida la question en faveur des catholiques, et les Jésuites ou tous autres qu'il plairait h l'évoque purent entrer à Montpellier. Cet arrêt fut rendu au conseil d'État du roi, tenu à Paris le 10 novembre 1617.

Fenouillet marchait invariablement vers son but; il ne devait l'atteindre qu'en 1 G28 , après que le siège de Montpellier l'aurait débarrassé des consuls, qui s'opposaient à ses projets.

Ce fut l'évêque de Mâcon qui porta la parole au nom du clergé de France, le 2 juin 161 7. Dans la harangue qu'il adressa au roi , il traitait les réformés de monstres, et leur Église à'Âgàret de concubine. Il soutenait que les catholiques étaient plus heureux sous les Turcs que dans les lieux où commandaient les réformés. Des trois prétextes fournis à ces plaintes, la ville de Montpellier faisait les frais de deux. Le premier était pris de l'exclusion du jésuite dont nous venons de parler ; le second, de la résistance qui. avait été faite à l'évêque Fenouillet, quand il avait voulu introduire dans la ville un nouvel ordre religieux.

Pour bien apprécier l'état d'excitation des esprits, il faut tenir compte du caractère dominateur et tracassierde Fenouillet. Peut-être serait-il juste de faire valoir cette considération comme circonstance atténuante. On trouvera des détails curieux et authenti-

ques sur cet évêque, dans la Ve année du Bulletin de

l'histoire du protestantisme français, pag. 33 etsuiv.

Nous devons parler maintenant de l'agitation et de l'état politique qui préparèrent les transformations dont nous allons nous occuper.

Nous avons vu que l'abandon de la politique de Henri IV et les rapprochements avec l'Espagne avaient été considérés par les protestants comme l'indice de très-mauvais jours. Que doivent-ils penser lorsqu'ils voient les deux cours s'unir entre elles par un double mariage : celui d'Elisabeth de France avec Philippe IV, eteelui d'Anne d'Autriche avec LouisXIIl? Qu'on rapproche ces circonstances de l'esprit d'envahissement que l'évêque Fenouillet manifestait à Montpellier, au sujet de l'enseignement; qu'on ajoute encore la manière dont la cour favorisait les prétentions de ce prélat, au détriment des avantages légaux dont jouissaient les calvinistes, et l'on comprendra que les esprits ne pouvaient pas être bien tranquilles.

Quand les passions populaires bouillonnent , les pouvoirs existants, parce qu'ils doivent procéder avec ordre et sagesse, sont souvent accusés de lenteur et de faiblesse, si ce n'est même de trahison. Les masses populaires ne veulent se confier qu'à elles-mêmes, et choisissent toujours leurs chefs parmi les plus exaltés. Cela se vit à Montpellier en 1617. Il se forma deux partis extrêmes, deux clubs, dirions-nous, les Malhordistes et les Catherinols. Les Malhordistes liraient leur nom de leur chef Malhordy, qu'ils avaient fait sortir

Page 1