CHAPITRE XIII U
de prison. C'était un homme qui avait commis quelqu'un de ces crimes que l'aveuglement populaire érige en vertus, et qui était probablement regardé comme un martyr de sa cause. Le premier acte auquel les Malhordistes se livrèrent, après avoir mis ce chef à leur tête, fut d'aller renverser une grande croix peinte en rouge, qui joignait la porte du petit hospice des Capucins, probablement la même qui avait été plantée pendant l'émeute pacifique de 1609.
M. de Combas, premier consul, fit tous ses efforts pour apaiser les troubles; mais il fut accueilli par des huées, quoiqu'il appartînt au protestantisme; aux huées se mêlait le cri escarlambal , terme de mépris donné à ceux qu'on accusait d'être comme à cheval entre les deux partis, et de ne se prononcer ni pour l'un ni pour l'autre. Ce quolibet est précieux à recueillir, car il fait connaître les sentiments et les tendances des auteurs de l'émeute. Par ordre de M. de Combas, plusieurs arrestations eurent lieu ; mais les personnes arrêtées furent arrachées aux mains de l'autorité, et le premier consul lui-même reçut quelques mauvais traitements. 11 fallut céder à l'émeute ; toutefois l'affaire fut instruite, et la chambre de l'Édit de Castres rendit un arrêt de prise de corps contre Négaillan , concierge des prisons du présidial, et un autre factieux. Ils furent condamnés à mort, et leurs têtes exposées sur la porte de Lattes, pour intimider les séditieux.
Les adhérents du second parti tenaient leurs assemblées dans les masures du vieux monastère Sainte-
Catherine, et c'est de là que leur venait le nom de Catherinots. Ces deux factions, qui se réunissaient à part, avaient sans doute des différences entre elles ; mais elles affichaient une égale aversion pour le catholicisme et le même manque de déférence pour l'autorité.
Au parti des calvinistes catherinots appartenait un homme d'une grande énergie, qui , quelques années plus tard, joua un rôle très-important dans la ville, et fut à Montpellier ce que Guiton devait être à La Rochelle. Cet homme s'appelait Daméric, Améric ou Méric : son nom est écrit de ces trois façons; il était conseiller au sénéchal. Son parti le porta à la charge de premier consul, en 1 62 1 . Il eut le crédit de faire nommer un conseil de ville composé de vingt membres, tous de sa faction et d'une même trempe que lui. S'il faut en croire des témoignages probablement entachés d'exagération , on résolut , dans ce conseil , de n'obéir jamais au roi, d'empoisonner les puits , de massacrer les catholiques, d'ensevelir la messe sous les ruines de Babylone , et de mettre le feu aux quatre coins de la ville plutôt que de la rendre.
Mais nous empiétons ici sur de graves événements; revenons un peu en arrière, afin de comprendre comment ils furent préparés.
Tout était corruption à la cour. Le trésor amassé par Sully était prodigué au favoritisme ; l'incapacité et l'imprévoyance conduisaient les affaires. Le vaisseau de l'État allait à la dérive, et chacun voulait mettre la main au gouvernail pour le sauver du nau-