CHAPITRE XIII
frage ou profiter de la débâcle. Le parti de la cour, celui des princes, celui du clergé et celui des protestants, étaient sans cesse en présence, et un jeu de bascule s'exerçait continuellement pour faire équilibre à celui que l'on craignait, en s'adjoignant, n'importe à quel prix, celui dont on avait besoin pour se renforcer. Les princes étaient attirés au parti de la cour, ou rejetés du côté des protestants. Cette fluctuation permanente fournit l'explication de bien des choses. Les protestants , qui profitaient quelquefois de ces irrésolutions , sentaient le besoin de se mettre en mesure de s'en passer et tenaient leurs assemblées générales. Les catholiques, de leur côté, avaient les assemblées du clergé , d'où sortaient sans cesse des harangues furibondes contre les hérétiques, et des offres d'argent au roi pour les exterminer. Des sommes (trente mille livres ") étaient votées pour acheter des conversions. Après l'assemblée d'? Saumur, dont nous avons parlé, les protestants eurent celles de Grenoble (1 5 juillet 1 61 5), de Nimes, Loudun, et surtout celle de La Rochelle, qui toutes poursuivaient , au milieu des vexations, le même but, savoir : l'organisation indépendante de la cause protestante. Les assemblées générales donnaient naissance à un grand nombre d'assemblées particulières, qui en étaient les éléments et développaient fortement l'esprit public. Il y en eut une à Mauguio, au mois de mai 1618. C'était un synode, mais à cette époque la politique n'était pas étrangère à ces sortes de réunions. Le protestantisme , fortement menacé,
s'occupait partout de sa défense. Dans ce synode, sur lequel nous ne possédons que bien peu de détails, on déposa le ministre Coutelier, de Nimes, et l'on dressa une nouvelle église à Castelnau, près de Montpellier, dont devaient dépendre Le Grès, Montferrier et quelques autres localités. Le ministre Second fut nommé à cet emploi. Le but secret de la réunion était de préparer l'assemblée générale de Loudun.
Les désordres étaient allés si loin à la cour, que Marie de Médicis avait levé des troupes contre son fils. Quand le fils eut désarmé sa mère , il se mit en route pour accomplir une croisade contre les protestants. Il marcha en Guienne et se rendit dans le Béarn, afin de faire exécuter les édits qu'il avait rendus en faveur des catholiques.
Il était à peine de retour dans sa capitale , que l'affaire s'engagea dans le Languedoc. Ce fut à l'occasion d'un mariage. La dame de Privas, veuve de Chambaut , avait épousé en secondes noces le vicomte d'Estrange, qui était catholique. Les protestants de l'endroit, ne voulant pas que leur place passât entre les mains d'un adversaire , s'opposèrent à son entrée dans la ville et la remirent au sieur de Brisons, gendre de la nouvelle mariée. Le duc de Montmorency, qui avait succédé h son père dans le gouvernement du Languedoc, marcha sur Privas, prit la ville et y établit le baron de Castries pour la gouverner. Celui-ci , afin de suivre en cour le duc de Montmorency, établit à Privas le sieur de Saint-Palais , son lieutenant , qui