CHAPITRE XIII
Mémoires, il est évident que ce ne fut pas là un changement, mais bien une extension d'attributions.
Dans une autre ordonnance, « le cercle, considérant que la persécution ouverte depuis quelque temps contre les Églises réformées augmente lous les jours, et que les ennemis se montrent plus envenimés que jamais à notre ruine,.... décide qu'il est besoin de fortifier les villes et places que nous tenons et qui servent d'asile et de retraite à ceux de notre religion... L'assemblée ordonne qu'il sera promptement procédé à la démolition des églises, couvents, clochers et autres bâtiments, tant ecclésiastiques qu'autres, qui pourraient servir de retraite et forteresse aux ennemis et préjudicier à la sûreté des places et villes servant à la défense de ceux de la Religion. » Cette pièce était signée de Lapierre, président, et Richard, secrétaire.
Les termes de cette ordonnance étaient fort vagues et laissaient beaucoup de marge au zèle démolisseur d'une populace irritée et fanatisée. Ce qu'il y a d'étrange, et qui se trouve pourtant dans l'histoire de tous les cultes, c'est qu'on procéda par une cérémonie religieuse à une opération qui n'avait rien de religieux. Un jeûne solennel fut célébré, et l'on prépara la démolition des églises par le chant du psaume 79, dont voici la première strophe :
Les nations sont dans ton héritage ; Ton sacré temple a senti leur outrage:
Jérusalem, ô Seigneur ! est détruite, Et, par leur rage, en masures réduite.
Ils ont donné les corps De tes serviteurs morts Aux oiseaux pour curée, La chair de tes enfants Aux animaux des champs, Pour être dévorée.
Les Capucins avaient méprisé l'ordonnance du cercle relative à la célébration de la messe. On leuren voulait plus qu'aux autres, et ils pouvaient avoir des dangers à courir. Bien que huguenot, le sieur Fonbon, secrétaire du roi en la Chambre des comptes, se hâta de les prévenir qu'on devait bientôt procéder à la démolition de leur couvent. Il faisait cela afin qu'ils pussent sauver et leurs personnes et leurs ornements. Ce Fonbon jouissait d'une très-grande considération auprès des deux partis. Au milieu de ces passions déchaînées, on est heureux de trouver quelques hommes dont le cœur sait s'élever au-dessus des haines de parti. M. Antoine Andrieu (le manuscrit de Serre écrit Desandrieux), lieutenant du petit-scel, et Pierre Serres, correcteur en la Chambre des comptes, dont les maisons étaient voisines du couvent des Capucins, donnèrent asile à ces religieux et les cachèrent chez eux. Andrieu et Serres étaient protestants. Cet acte de générosité pouvait attirer sur eux le ressentiment populaire. Quand les Capucins firent rebâtir dans leur église, ils y placèrent une inscription pour perpétuer ce souvenir.
Le duc de Rohan, dont nous avons déjà vu la nomination au commandement de la province, ne se rendit